>

Affaire Ibtissame Lachgar : quand la liberté d’expression franchit la ligne rouge des valeurs sacrées

11 août 2025 - 07:22

L’arrestation de l’activiste marocaine Ibtissame Lachgar a relancé un débat délicat au Maroc : jusqu’où peut aller la liberté d’expression dans un pays où les valeurs religieuses constituent un socle intangible ? L’affaire, mêlant réseaux sociaux, lois sur les sacralités et réactions politiques, illustre un point de tension récurrent entre droits individuels et cohésion nationale.

Ces dernières semaines, Ibtissame Lachgar, figure connue pour ses prises de position tranchées sur les libertés individuelles, a publié sur X (ancien Twitter) une photo d’elle portant un t-shirt noir affichant une inscription jugée offensante envers la divinité. Dans son message, elle affirmait se promener librement au Maroc avec des vêtements véhiculant des messages critiques envers les religions, en ciblant particulièrement l’islam, qu’elle qualifiait de « fasciste, phallocrate et misogyne ». L’image et ses propos ont rapidement déclenché une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, générant signalements, débats et appels à poursuites judiciaires.

Dimanche, la Brigade nationale de la police judiciaire a procédé à son interpellation pour diffusion de contenu numérique portant atteinte à la divinité, conformément à l’article 267-5 du Code pénal marocain. Ce texte punit d’une peine allant de six mois à deux ans de prison et d’une amende de 20 000 à 200 000 dirhams toute offense publique envers l’islam, la monarchie ou l’unité territoriale du Royaume. Les sanctions peuvent être portées à cinq ans d’emprisonnement et 500 000 dirhams d’amende lorsque les faits sont commis publiquement, y compris par voie électronique.

L’ancien ministre de la Justice et ex-ministre d’État chargé des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, a rapidement réagi sur sa page Facebook. Tout en précisant qu’il n’était pas partisan d’une surveillance excessive des propos publics ni de la chasse aux lapsus, il a affirmé qu’en l’espèce, il ne s’agissait « ni d’une déclaration accidentelle, ni d’une maladresse d’expression, ni d’une opinion divergente, mais d’un acte prémédité et offensant envers la divinité, exprimé avec intention confirmée ». Ramid a insisté : « Le Maroc dispose de lois qui doivent être appliquées et d’institutions chargées de protéger les sacralités. Il n’y a pas de place pour la tolérance lorsque l’on s’attaque sciemment à ce qui est le plus sacré. »

Dimanche, la Brigade nationale de la police judiciaire a procédé à l’interpellation d’Ibtissame Lachgar pour diffusion de contenu numérique portant atteinte à la divinité, conformément à l’article 267-5 du Code pénal marocain. Quelques heures plus tard, le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Rabat a publié un communiqué confirmant que l’intéressée avait diffusé sur son compte d’un réseau social une photo d’elle portant un t-shirt sur lequel figuraient des propos offensants envers la divinité, accompagnée d’un texte contenant des injures à l’islam. Selon le même communiqué, le ministère public a ordonné l’ouverture d’une enquête, et compte tenu de la nécessité de la procédure, la mise en cause a été placée en garde à vue conformément à la loi. Les autorités ont précisé que les suites judiciaires appropriées seraient décidées à l’issue de l’enquête.

L’affaire Lachgar intervient dans un contexte où les institutions marocaines réaffirment régulièrement la nécessité de préserver l’harmonie sociale et de défendre les constantes nationales, telles que définies dans l’article 1er de la Constitution. Si les libertés individuelles sont reconnues, elles s’exercent dans le cadre de la loi, qui inclut la protection des convictions religieuses partagées par l’écrasante majorité des citoyens.

Les partisans d’une application stricte de l’article 267-5 estiment que le respect des sacralités n’est pas une entrave à la liberté, mais une condition de la coexistence pacifique. Ils considèrent qu’un discours offensant envers la religion dominante ne relève pas d’un débat d’idées, mais d’une provocation inutile qui menace la cohésion nationale.

D’autres voix, plus minoritaires, plaident pour un élargissement des marges de critique religieuse, arguant que la liberté d’expression inclut la possibilité de remettre en cause des dogmes. Toutefois, dans un pays où l’islam est religion d’État et référence centrale de l’identité collective, ces positions restent isolées et souvent perçues comme étrangères au consensus social.

Cette affaire met en lumière un point de friction récurrent dans les sociétés où la religion joue un rôle structurant : comment concilier le droit à s’exprimer librement avec la nécessité de protéger des croyances considérées comme sacrées par la majorité ? Au Maroc, la réponse est inscrite dans la loi, mais elle se joue aussi dans un espace plus large, celui du pacte social implicite qui lie citoyens et institutions.

En définitive, l’arrestation d’Ibtissame Lachgar ne se résume pas à un contentieux judiciaire. Elle pose une question plus large : dans un monde où les réseaux sociaux amplifient chaque prise de parole, quelles limites une société choisit-elle de fixer pour préserver à la fois la liberté et la paix civile ? Pour le Maroc, la ligne rouge est claire : le droit à l’expression cesse là où commence l’atteinte délibérée aux valeurs sacrées qui cimentent la nation.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *