La Chine s’apprête à célébrer le 80ᵉ anniversaire de la capitulation japonaise dans le Pacifique par un défilé militaire d’une ampleur inédite, le 3 septembre à Pékin. L’événement, présidé par Xi Jinping et marqué par la présence de Vladimir Poutine, se présente comme un double geste : rendre hommage à la mémoire d’une guerre fondatrice et afficher au monde la puissance militaire de la Chine contemporaine.
La parade rassemblera des dizaines de milliers de soldats, des escadrons aériens et des colonnes de blindés, accompagnés d’armes de haute technologie. Missiles hypersoniques, drones autonomes, systèmes de défense anti-navires et outils de guerre électronique apparaîtront pour la première fois en public, confirmant la stratégie chinoise de projection de puissance. Pékin veut transformer le souvenir en message politique, insistant sur son rôle dans la victoire de 1945 et sur son droit à s’imposer comme pilier du nouvel ordre mondial.
La présence de Vladimir Poutine ajoute une dimension géopolitique évidente. L’image de Xi et Poutine côte à côte illustre la consolidation d’une alliance stratégique qui s’affiche face aux États-Unis et à leurs alliés. À l’heure où la guerre en Ukraine redessine les équilibres planétaires, Pékin profite de l’occasion pour rappeler que son partenariat avec Moscou va bien au-delà de la rhétorique et s’incarne dans une solidarité militaire et symbolique.
Les mesures de sécurité, déjà visibles à Pékin, traduisent l’ampleur de l’événement. Les répétitions générales ont mobilisé des milliers de participants, avec un dispositif qui mêle ferveur populaire et mise en scène étatique. Contrairement au Japon, qui commémore la fin du conflit de manière sobre le 15 août, la Chine choisit le 3 septembre pour transformer la mémoire en un outil diplomatique et militaire. Cette différence souligne deux visions antagonistes : une mémoire tournée vers la réconciliation d’un côté, une mémoire utilisée comme affirmation de puissance de l’autre.
Pour les pays émergents et notamment dans le monde arabe, ce défilé a une résonance particulière. Il illustre comment une nation peut, par la maîtrise du récit historique et par la démonstration technologique, s’imposer comme modèle de montée en puissance. Pékin propose une image de discipline et de cohésion nationale, au moment où de nombreux États cherchent à renforcer leur souveraineté face aux incertitudes globales.
Ce 3 septembre, le ciel de Pékin ne sera pas seulement traversé par des avions et des drones : il sera le théâtre d’un message stratégique. La Chine veut se présenter comme héritière de la victoire de 1945 et comme garante d’un nouvel équilibre international. La mémoire de la guerre devient ici une arme diplomatique, et le défilé militaire, une déclaration adressée au monde entier.