L’été 2025 a laissé un goût amer à Al Hoceïma. La ville, souvent promue comme « perle de la Méditerranée », a révélé un contraste criant entre l’image vendue au public et la réalité vécue par habitants et visiteurs. Le tourisme de masse, loin d’être structuré, s’est heurté à l’improvisation, à l’anarchie et au déficit de services de base.
Sur le papier, Al Hoceïma possède tout : plages magnifiques, reliefs spectaculaires, mémoire historique et un potentiel culturel unique. Mais cet été, le visiteur a découvert une ville débordée. Dans les artères principales, la mendicité et l’errance s’exposaient sans filtre. Dans les places et avenues, les locations de courte durée se faisaient au grand jour, à des prix exorbitants, hors de tout cadre légal. Des intermédiaires circulaient avec des trousseaux de clés, ouvrant et fermant des appartements transformés en marché parallèle, sans enregistrement, sans taxes ni contrôle.
Les hôtels réglementés, eux, se voyaient pénalisés par cette concurrence déloyale. Ce déséquilibre a accentué le sentiment d’anarchie, nourri par l’absence de suivi sécuritaire et administratif. L’espace public s’est vu grignoté, et avec lui, l’image d’une ville censée offrir sérénité et accueil.
À cela s’ajouta un choix municipal contesté : lancer, en plein mois d’août, les travaux d’aménagement des places Afriqia et Florido. Résultat : circulation paralysée, accès bloqués, désordre urbain dans le moment le plus critique de la saison. Dans les rues, les vendeurs ambulants de figues de barbarie ou de maïs grillé se sont multipliés, souvent venus de l’extérieur, occupant trottoirs et espaces centraux sans autorisation ni encadrement.
Mais le problème dépasse les chantiers et l’informel. Les infrastructures de base sont insuffisantes. En 2025 encore, Al Hoceïma ne dispose pas de sanitaires publics fonctionnels sur ses plages ou sur le front de mer. Ce déficit explique l’absence du drapeau bleu, symbole de qualité environnementale, sur ses sites balnéaires. Des milliers de visiteurs se retrouvent confrontés à l’embarras et à l’inconfort, dans une ville qui prétend au label méditerranéen.
Même la culture a été source de polémique. Le festival de l’été, présenté comme vitrine, a été critiqué pour sa médiocrité et pour la pollution sonore qu’il a imposée jusqu’à tard dans la nuit, en plein centre-ville. Ce qui aurait dû être un moment de valorisation s’est transformé en nuisance pour malades, personnes âgées et familles.
Les habitants, eux, rappellent avec nostalgie qu’Al Hoceïma a vu passer de grandes figures —Moulay Ahmed Alaoui, le roi Hussein de Jordanie, ou encore des célébrités sportives et artistiques— à une époque où la ville offrait hospitalité et prestige. Le contraste avec le présent est saisissant.
Aujourd’hui, Al Hoceïma n’est pas une ville sans potentiel, mais une ville entravée par le désordre. Son avenir dépend moins des slogans et des campagnes publicitaires que de la mise en place de services élémentaires, d’une régulation équitable et d’une gouvernance locale à la hauteur.
La « perle de la Méditerranée » mérite plus que des festivals tapageurs et des slogans creux : elle a besoin de décisions fermes et d’une vision claire pour redevenir un lieu où habitants et visiteurs vivent dignement la promesse d’un littoral unique.