Rabat.— Le journaliste marocain Ali Hassan s’est éteint lundi à l’âge de 70 ans dans une clinique de la capitale. Avec lui disparaît l’un des visages les plus familiers de la médiation culturelle au Maroc, un passeur passionné de cinéma qui a marqué plusieurs générations de téléspectateurs et d’auditeurs.
Durant plus d’une décennie, il a animé Cinéma du jeudi sur la chaîne Al Aoula, un rendez-vous devenu culte entre 1991 et 2003. Chaque semaine, son ton chaleureux et sa curiosité intellectuelle invitaient les foyers marocains à découvrir non seulement les classiques du septième art, mais aussi les nouvelles créations nationales. Dans un paysage audiovisuel encore limité, Ali Hassan avait su ouvrir une fenêtre vers le monde.
Son aventure s’est poursuivie avec Club du cinéma (2003–2014), où il approfondissait les débats sur l’héritage du cinéma mondial et accompagnait les évolutions de la production marocaine. Ce programme confirma sa réputation d’homme de culture : exigeant dans son analyse, accessible dans sa parole. Entre critique et vulgarisation, il a bâti un langage qui rapprochait le public d’œuvres parfois jugées “difficiles”.
À la radio, son émission Entr’Acte prolongeait cette vocation. Derrière le micro, sa voix résonnait comme celle d’un pédagogue attentif, guidant les auditeurs dans les méandres de l’histoire du cinéma. Pour beaucoup, il fut l’initiateur discret d’une cinéphilie marocaine qui ne s’est jamais limitée à la consommation d’images, mais cherchait toujours à comprendre ce que les films disent du monde et de nous-mêmes.
Avec la disparition d’Ali Hassan, c’est tout un pan de la mémoire culturelle qui s’éloigne. Son héritage demeure pourtant vivant : dans les souvenirs des soirées télévisées en famille, dans les discussions nourries par ses analyses, dans le goût transmis pour le cinéma comme art et comme regard critique.
Les hommages qui affluent rappellent que le journalisme culturel ne se résume pas à l’information, mais qu’il peut aussi créer des communautés d’affection et de pensée. Ali Hassan en fut l’incarnation.