Un document révélé par The Guardian décrit un projet baptisé « Gaza Riviera » qui prévoit le déplacement forcé de plus de deux millions de Palestiniens et la transformation de l’enclave en mégapoles high-tech. Plus qu’un plan de reconstruction, il s’agit d’un scénario que des organisations de défense des droits humains qualifient de “feuille de route pour la déportation de masse”.
La fuite publiée par The Guardian (1er septembre 2025) a provoqué un séisme diplomatique. Le prospectus de 38 pages, attribué à des acteurs israéliens avec la contribution du Boston Consulting Group, imagine un territoire vidé de sa population et placé sous tutelle américaine pour une décennie. Dans ce cadre, Gaza deviendrait une succession de ports futuristes, de mégacités alimentées par l’intelligence artificielle et de parcs industriels censés attirer des milliards d’investissements.
L’élément le plus controversé est sans équivoque : « la relocalisation temporaire des plus de deux millions d’habitants de Gaza », ce qui revient, selon The Guardian, à « un acte d’ingénierie démographique qui pourrait relever du crime de génocide ». Le texte prévoit que les Palestiniens partent “volontairement” vers d’autres pays, ou soient confinés dans des zones sécurisées pendant la reconstruction.
Un projet dénoncé comme criminel
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Philip Grant, directeur exécutif de Trial International, l’a résumé en des termes tranchants : « C’est une feuille de route pour la déportation de masse, vendue comme un projet de développement. Le résultat ? Un manuel de crimes internationaux à une échelle inimaginable ». Ces propos, cités par The Guardian, montrent que la contestation va bien au-delà de l’indignation morale : le plan pourrait engager la responsabilité pénale de ceux qui y participeraient, y compris des entreprises privées.
Même dans la presse israélienne, des voix s’élèvent. Haaretz y voit « un schéma trumpien pour s’enrichir rapidement, fondé sur les crimes de guerre, l’intelligence artificielle et le tourisme ». Autrement dit, le projet est jugé irréaliste, cynique et dangereux, y compris au sein d’une société habituée aux débats sur la sécurité et l’occupation.
Un langage révélateur
L’intitulé complet du plan – Gaza Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation Trust (GREAT) – se pare d’un vocabulaire de prospérité et de modernisation. Mais la petite ligne trahit une tout autre logique. Le document ne reconnaît aucune souveraineté palestinienne : Israël conserverait des « droits supérieurs » sur Gaza pour “répondre à ses besoins de sécurité”. À la place d’un État palestinien, il n’est question que d’une “entité politique” intégrée aux Accords d’Abraham.
Cette novlangue, qui parle de prospérité tout en effaçant l’existence d’un peuple, illustre la fonction réelle du projet : offrir une couverture technocratique à un déplacement de population massif.
Un miroir pour la région
Pour les lecteurs marocains, l’affaire éclaire une réalité plus large : la tentation de remodeler la carte du Proche-Orient au mépris des droits des peuples. Le projet dit de “Riviera” ne se limite pas à Gaza : il met en lumière une vision qui réduit les territoires arabes à des espaces de spéculation urbaine et touristique, en ignorant les vies humaines.
Dans un monde arabe marqué par les fractures sociales et les aspirations de sa jeunesse, cette fuite résonne comme un avertissement. Elle rappelle que le sort des Palestiniens demeure un test pour la crédibilité du droit international et pour la solidarité régionale.
Au-delà de l’indignation
Qualifier la “Riviera” de plan d’avenir serait un contresens : elle incarne avant tout un miroir de cynisme. Que ce texte circule dans des bureaux d’influence à Washington ou à Tel-Aviv constitue déjà une alerte grave. Comme l’a résumé l’analyste HA Hellyer dans The Guardian, « ce qui importe, ce n’est pas tant le projet lui-même que ce qu’il révèle : la détermination d’empêcher toute souveraineté palestinienne ».
Nommer les choses n’est pas céder au catastrophisme. C’est reconnaître qu’au-delà des images de gratte-ciel futuristes, ce plan traduit une volonté assumée d’effacement politique et humain. Face à cela, l’indignation doit se transformer en rappel constant : Gaza reste une terre habitée, chargée d’histoire et porteuse de droits inaliénables