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Une mobilisation médiatique mondiale face au silence imposé à Gaza

03 septembre 2025 - 10:06

Plus de 150 médias, de Madrid à New York en passant par Doha et Paris, ont décidé de s’unir pour dire que l’assassinat des journalistes palestiniens n’est pas une tragédie locale, mais une attaque frontale contre le droit universel à l’information.

Quand des reporters tombent sous les bombes, c’est bien plus qu’un drame individuel : c’est une société entière qui perd ses yeux et ses oreilles. Le 1er septembre, plus de 150 rédactions de 50 pays ont uni leurs voix pour dénoncer le massacre de plus de 210 journalistes palestiniens depuis octobre 2023. Reporters Sans Frontières (RSF) et la plateforme citoyenne Avaaz ont coordonné cette action planétaire, avec une forte implication des médias espagnols — RTVE, El Diario, InfoLibre, Prensa Ibérica — mais aussi de titres internationaux comme Mediapart, Al Jazeera ou The Independent.

La force de cette mobilisation tient à son caractère transversal. Publics ou privés, progressistes ou conservateurs, quotidiens régionaux ou chaînes globales, les médias participants ont mis entre parenthèses leurs divergences éditoriales pour affirmer un principe simple : informer ne doit pas tuer. Les journaux ont publié des pages noires, les radios ont diffusé des silences symboliques, les télévisions ont montré des écrans vides. Une chorégraphie inédite, mais nécessaire pour rappeler que sans journalistes vivants, il n’y a ni démocratie ni vérité partagée.

L’initiative survient après des attaques particulièrement choquantes, comme le bombardement du 25 août contre l’hôpital Al Nasser, qui a coûté la vie à cinq journalistes réfugiés dans ses murs. Quelques jours plus tôt, six autres reporters avaient péri près de l’hôpital Al Shifa. Les noms de Hossam al Masri, Mariam Abu Daqqa ou Anas al Sharif rejoignent une liste devenue insoutenable. Derrière chaque nom, il y a un témoignage interrompu et une enquête avortée, mais surtout un droit à l’information amputé pour des millions de citoyens.

La campagne veut briser le mur de l’impunité. RSF l’a rappelé avec fermeté : le ciblage systématique de journalistes constitue un crime de guerre, et l’interdiction faite à la presse étrangère d’entrer à Gaza aggrave encore ce qui ressemble à un “black-out” médiatique. En rendant visible ce silence imposé, les rédactions espèrent susciter une pression internationale qui contraigne Israël à respecter le droit humanitaire et à garantir la sécurité des reporters.

Pour les médias espagnols, cette mobilisation a une résonance particulière. Leur implication massive montre que l’Espagne entend faire entendre sa voix dans la défense du journalisme, dans un moment où la polarisation politique interne fragilise parfois la solidarité professionnelle. De Madrid à Bilbao, des rédactions entières ont observé une minute de silence, rappelant que la liberté de la presse est une valeur partagée au-delà des étiquettes idéologiques.

Il serait facile de considérer ce type de campagne comme un geste symbolique sans lendemain. Mais les symboles façonnent les consciences collectives. Voir des portails numériques s’assombrir et des journaux papier renoncer à leurs couleurs habituelles, c’est un choc visuel qui traduit l’ampleur de la crise. À travers ce noir affiché, c’est un cri silencieux : celui d’une profession qui refuse de se laisser réduire au silence par les bombes.

Plus qu’un hommage, cette mobilisation est un avertissement. Si l’on accepte que les journalistes soient ciblés en toute impunité, alors c’est la société mondiale tout entière qui consent à avancer à l’aveugle.

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