>

Le Liban face à l’épreuve : un plan militaire pour désarmer le Hezbollah

05 septembre 2025 - 19:03

Le Cune initiative tenue secrète dans ses détails, mais qui ouvre un tournant majeur dans la vie politique du pays, sous pressions internationales et dans un contexte de fragilité intérieure.

À Beyrouth, la décision du gouvernement marque un moment singulier où, pour la première fois depuis des décennies, l’État libanais assume publiquement une feuille de route militaire destinée à limiter les armes aux seules autorités légitimes, selon les mots du ministre de l’Information, Paul Morcos. Présenté par le chef de l’armée, Rodolphe Haykal, ce plan s’inscrit dans une tentative de reprise en main de la souveraineté nationale, mais il est accompagné d’une réserve lourde de conséquences : sa mise en œuvre dépendra des « capacités limitées » d’une institution militaire usée par la crise économique et largement dépendante de l’aide extérieure.

Cette orientation n’est pas apparue du jour au lendemain, puisqu’il y a un mois déjà le Conseil des ministres avait fixé la fin de l’année comme horizon pour parvenir à un désarmement complet, sous la pression de Washington et sous l’œil attentif de bailleurs de fonds tels que Doha. La communauté internationale attend du Liban qu’il avance vers un monopole de la violence légitime, considérant que la présence d’une milice armée au cœur du pays ne fait qu’aggraver son instabilité chronique et fragiliser son avenir politique.

Le Hezbollah a immédiatement rejeté l’initiative, dénonçant un plan conçu dans l’intérêt d’Israël et accusant le gouvernement libanais de compromettre la défense nationale au moment même où les frappes israéliennes se poursuivent sur le territoire. Cette réaction illustre le dilemme historique du pays : comment concilier l’intégration d’un acteur politico-militaire profondément enraciné dans la société chiite libanaise avec la nécessité d’affirmer l’autorité exclusive de l’État sur les armes et la sécurité nationale.

L’armée libanaise, bien qu’affaiblie, conserve encore le prestige d’être l’institution la plus respectée du pays, et elle a survécu aux années de faillite grâce au soutien direct de Washington et de Doha, qui lui ont fourni salaires, équipements et formation. Pourtant, son aptitude réelle à imposer un processus de désarmement du Hezbollah reste sujette à caution, car le rapport de forces militaire et politique demeure largement déséquilibré en faveur de la milice chiite.

Le gouvernement joue une carte à double face : il cherche à rassurer ses partenaires internationaux en affichant une volonté ferme de reprendre le contrôle de ses armes, tout en ménageant les équilibres confessionnels internes qui conditionnent la stabilité du pays. C’est sans doute pour cette raison que le Conseil des ministres a choisi de maintenir le secret sur le contenu détaillé du plan, préférant avancer par étapes plutôt que de provoquer une confrontation immédiate dont l’issue serait incertaine et potentiellement explosive.

Le souvenir de mai 2008, lorsque le Hezbollah avait pris militairement le contrôle de Beyrouth-Ouest pour répondre à des décisions jugées hostiles du gouvernement, continue de hanter la mémoire collective et nourrit la crainte d’un nouvel embrasement. La communauté chiite, qui perçoit encore le Hezbollah à la fois comme un bouclier contre Israël et comme un acteur social enraciné dans ses quartiers, pourrait considérer tout désarmement comme une agression directe, tandis qu’Israël observe la situation avec l’intention manifeste de tirer profit de la fragilité interne du Liban.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse donc la seule question d’une milice armée : il s’agit de savoir si le Liban peut véritablement réaffirmer son autorité étatique, reconstruire une souveraineté érodée par des décennies d’ingérences et redonner confiance à une population épuisée par la crise. La décision du gouvernement, inédite dans son principe, constitue un premier pas, mais sans réformes structurelles profondes, sans consensus politique minimum et sans un soutien économique massif de la communauté internationale, le plan risque de rester une déclaration d’intention plus qu’un instrument de transformation réelle.

L’année 2025 pourrait entrer dans l’histoire libanaise comme le moment où le pays tenta enfin de reprendre le contrôle de ses armes et de réaffirmer son autorité, ou comme une nouvelle occasion manquée, engloutie par les divisions internes et les calculs régionaux. Entre l’audace fragile de l’État et la résilience du Hezbollah, le Liban joue dans ce processus une part décisive de son avenir collectif.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *