Les financements participatifs destinés à l’immobilier, dominés par les contrats de mourabaha, poursuivent leur expansion et confirment l’ancrage d’un secteur en pleine consolidation dans le paysage bancaire marocain.
Bank Al-Maghrib a publié sa dernière note sur les crédits et dépôts bancaires, révélant que le volume des financements participatifs pour l’habitat a atteint 27,4 milliards de dirhams au cours des sept premiers mois de 2025. Le rythme de progression est significatif, avec une hausse de 17,8 % par rapport à juillet 2024 et une croissance de 1,4 % sur une base annuelle. Ce dynamisme confirme l’intérêt croissant des ménages marocains pour des solutions conformes à la finance islamique, notamment la mourabaha immobilière.
Les crédits destinés aux ménages ont dans l’ensemble progressé de 2,9 % en glissement annuel, pour s’établir à 390,4 milliards de dirhams. Cette évolution s’explique principalement par une augmentation équivalente des prêts au logement et par une hausse de 3,9 % des crédits à la consommation. Ces chiffres traduisent une demande persistante en matière de financement résidentiel, alors que le crédit à la consommation semble atteindre un palier plus limité.
Le premier trimestre de 2025 a par ailleurs été marqué par un assouplissement des conditions d’accès au crédit, tant pour les prêts immobiliers que pour les crédits de consommation. Du côté de la demande, les ménages se sont davantage tournés vers l’emprunt pour l’acquisition de logements, tandis que l’intérêt pour les prêts à la consommation s’est légèrement contracté. Cette tendance illustre un recentrage des priorités familiales vers l’investissement résidentiel, considéré comme une valeur refuge dans un environnement économique changeant.
Concernant le coût du crédit, Bank Al-Maghrib signale un repli généralisé des taux appliqués aux nouveaux prêts durant le deuxième trimestre 2025. Le taux moyen est passé à 5,77 %, après avoir atteint des niveaux plus élevés en début d’année. Dans le détail, les crédits à la consommation se situent désormais à 6,88 %, en recul de 25 points de base, tandis que les prêts au logement affichent 4,68 %, après une diminution de 6 points de base. Ces ajustements reflètent une volonté de stimuler la demande sans compromettre la stabilité du système bancaire.
L’essor du financement participatif illustre une recomposition progressive du marché marocain du crédit. La place occupée par les produits de mourabaha traduit à la fois une demande sociale pour des mécanismes conformes aux principes de la finance islamique et une adaptation des banques qui cherchent à élargir leur clientèle. L’enjeu dépasse la simple question de l’offre de produits financiers. Il touche à la diversification du système bancaire, à la confiance des ménages dans des solutions alternatives et à la capacité de l’épargne nationale de soutenir un secteur immobilier qui demeure central dans la trajectoire de développement du pays.
Le secteur bancaire marocain semble ainsi entrer dans une phase où la coexistence des modèles classique et participatif n’est plus perçue comme une concurrence frontale, mais comme une complémentarité. La montée en puissance des financements participatifs pourrait à terme contribuer à renforcer l’inclusion financière, tout en consolidant la profondeur du marché du crédit. Reste à savoir si cette dynamique s’accompagnera d’une allocation efficace vers des projets productifs et d’une gestion prudente du risque, conditions indispensables pour inscrire durablement cette croissance dans un équilibre économique et social.