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Israël accusé de génocide à Gaza par une commission d’enquête de l’ONU

16 septembre 2025 - 13:35

La Commission internationale indépendante d’enquête de l’ONU affirme que les autorités israéliennes ont orchestré une campagne destinée à détruire les Palestiniens de Gaza. Le rapport, accueilli avec fureur par Tel-Aviv, ouvre un nouvel épisode dans la bataille diplomatique et judiciaire autour du conflit.

La publication du dernier rapport de la Commission internationale indépendante d’enquête de l’ONU marque une étape critique dans la confrontation entre Israël et les institutions internationales. Présenté par Navi Pillay, ancienne présidente du Tribunal pénal pour le Rwanda, le document conclut que des actes qualifiés de génocidaires ont été commis à Gaza, avec une intention explicite de détruire le peuple palestinien en tant que groupe.

Les accusations visent directement Benyamin Nétanyahou, le président Isaac Herzog et d’anciens ministres de la Défense, tenus pour responsables d’avoir encouragé et organisé une campagne qui, selon les chiffres disponibles, a causé près de 65 000 morts et déplacé la quasi-totalité de la population. Le rapport décrit une combinaison d’exécutions, de déplacements forcés, de conditions de vie conçues pour entraîner une destruction physique progressive et de mesures destinées à empêcher la reproduction du groupe. Autant d’éléments qui correspondent à quatre des cinq critères établis par la Convention de 1948 sur le génocide.

La réaction d’Israël a été immédiate et virulente. Le ministère des Affaires étrangères a rejeté le rapport en le qualifiant de mensonger et de biaisé, allant jusqu’à réclamer la dissolution de la commission. Selon Tel-Aviv, les conclusions reposeraient sur les récits de Hamas, répétés par les instances internationales. Pourtant, la portée du rapport dépasse la polémique diplomatique puisqu’il constitue désormais un matériau susceptible d’alimenter les procédures ouvertes devant la Cour pénale internationale et la Cour internationale de Justice, où Israël est déjà visé par des mesures conservatoires et des mandats d’arrêt.

L’importance de ce document réside autant dans son contenu que dans le moment où il paraît. Deux ans après le déclenchement de la guerre, la communauté internationale assiste à une détérioration humanitaire sans précédent, avec des déplacements massifs, une famine déclarée par l’ONU dans la ville de Gaza et une population civile privée des conditions élémentaires de survie. Dans ce contexte, la qualification de génocide devient un outil politique et juridique qui interroge la capacité des États à faire respecter un ordre international fondé sur des normes universelles.

Les implications vont bien au-delà de la scène onusienne. Plusieurs chefs d’État – du Brésil à la Colombie, en passant par l’Espagne et la Turquie – avaient déjà utilisé le terme de génocide pour décrire la situation. La convergence progressive entre discours politiques et conclusions juridiques renforce la pression sur les alliés occidentaux d’Israël, contraints de justifier leur soutien face à des accusations de plus en plus graves. Pour l’Europe et l’Amérique latine, la question palestinienne se redessine comme un test de crédibilité pour leurs politiques extérieures, tiraillées entre solidarité humanitaire et calculs stratégiques.

La mise en garde de Navi Pillay ne souffre pas d’interprétation détournée. Garder le silence devant de telles preuves revient à endosser une part de complicité. Alors que la diplomatie oscille fréquemment entre prudence calculée et langage équivoque, les mots de Navi Pillay s’imposent par leur netteté et rappellent que l’érosion délibérée des normes internationales affaiblit tout autant la justice que la stabilité collective.

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