>

Le Maroc, puissance silencieuse de la tomate mondiale

19 septembre 2025 - 11:38

Une donnée a fait récemment la une des rapports agricoles : le Maroc occupe désormais la troisième place mondiale des exportateurs de tomates fraîches, derrière le Mexique et les Pays-Bas. Avec près de 745 000 tonnes exportées en 2024-2025, générant environ 1,2 milliard de dollars, le Royaume dépasse l’Espagne en valeur et confirme sa place parmi les acteurs agricoles incontournables de la Méditerranée.

Ce succès, pourtant discret, n’est pas seulement une question de chiffres. Il raconte l’histoire d’un secteur qui, à travers les serres de Souss-Massa ou les plaines de Dakhla, a su se hisser au sommet des marchés européens et britanniques, où il est désormais le deuxième fournisseur. La tomate marocaine représente environ 11 % du marché mondial et, dans le cas de la France, près de la moitié des importations.

Mais derrière cette réussite se cache une équation complexe. Car exporter des tomates, c’est aussi exporter de l’eau, une ressource devenue rare dans un pays frappé par la sécheresse. Les critiques internationales – relayées par certains médias européens – rappellent que la réussite économique ne peut être dissociée de la durabilité écologique. L’exportation de tomates marocaines concentre ainsi les paradoxes d’un pays qui brille dans les classements mondiaux tout en affrontant une crise hydrique structurelle.

Les défis sont multiples. Le premier est celui de la soutenabilité environnementale. Le modèle intensif, fondé sur les serres et une consommation importante d’eau, doit se réinventer. Les agriculteurs de Souss-Massa, pionniers du secteur, expérimentent des techniques de goutte-à-goutte et de recyclage, mais la pression reste immense. Le changement climatique accentue l’aridité et oblige à imaginer de nouvelles stratégies, allant de la diversification des cultures à l’adoption de variétés plus résistantes.

Le deuxième défi est géopolitique et commercial. Le Maroc a construit sa position de leader en profitant de sa proximité avec l’Europe et d’accords avantageux. Mais le « Green Deal » européen introduit des exigences croissantes en matière de pesticides, de traçabilité et de normes environnementales. Ces conditions peuvent devenir un frein si le secteur ne s’adapte pas rapidement. Les producteurs marocains sont ainsi pris entre la nécessité de répondre à une demande toujours forte et l’obligation de respecter des standards de plus en plus stricts.

Le troisième défi est social et territorial. La filière tomate concentre des milliers d’emplois, notamment féminins, dans les zones rurales. Elle constitue une source de revenus essentielle pour des régions entières. Mais elle révèle aussi des fragilités : conditions de travail précaires, dépendance aux marchés extérieurs, vulnérabilité face aux fluctuations de prix. La réussite marocaine, pour être durable, doit aussi garantir la dignité sociale de ceux qui cultivent et conditionnent ces tomates.

Enfin, le succès de la tomate marocaine ouvre un horizon plus large : celui de la sécurité alimentaire et de la diplomatie agricole. Être dans le top 3 mondial signifie aussi disposer d’un levier d’influence. Dans un monde marqué par la volatilité des marchés agricoles, le Maroc peut utiliser sa puissance exportatrice comme outil diplomatique, renforçant ses partenariats avec l’Afrique subsaharienne, le Golfe ou l’Asie.

La question centrale demeure : comment transformer cette réussite en modèle durable ? Il ne s’agit pas seulement de produire plus, mais de produire mieux. Miser sur la qualité, sur la diversification variétale, sur la valorisation locale par la transformation agroalimentaire. En somme, passer du statut d’exportateur de matière première à celui d’acteur agro-industriel complet.

L’histoire de la tomate marocaine illustre à la fois la vitalité du secteur agricole national et ses fragilités. Elle montre qu’un pays du Sud peut rivaliser avec les géants du Nord, mais aussi que cette réussite doit se construire sur des bases solides, écologiques et sociales. Dans le podium mondial des exportations, le Maroc ne peut se contenter d’être un fournisseur fiable. Il doit devenir une référence en matière de durabilité, afin que ses tomates ne soient pas seulement un produit compétitif, mais aussi le symbole d’une agriculture capable de nourrir le monde sans épuiser ses propres ressources.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *