Les révélations récentes sur des contrats militaires entre la Russie, l’Iran et l’Algérie confirment une stratégie de puissance d’Alger fondée sur la provocation régionale. Derrière les chasseurs Su-57 et les accords secrets, c’est l’équilibre stratégique maghrébin que le régime cherche à bouleverser, en misant sur l’escalade plutôt que sur la stabilité.
Les documents divulgués ces derniers jours sur la coopération militaire entre Moscou, Téhéran et Alger ne constituent pas une surprise, mais une confirmation. Depuis plusieurs années, l’Algérie s’inscrit dans une logique de réarmement accéléré, justifiée officiellement par la “modernisation de ses capacités souveraines”, mais motivée dans les faits par une obsession constante : contenir, défier et inquiéter le Maroc. Le récent lot d’informations concernant l’achat présumé d’avions Sukhoi-57 de cinquième génération, ainsi que d’équipements de guerre électronique fournis par la Russie, s’intègre dans cette trajectoire d’alignement progressif avec des puissances en rupture avec l’Occident.
Dans cette équation, l’Iran joue un rôle discret mais stratégique. Téhéran et Alger partagent une méfiance profonde à l’égard des États-Unis et de leurs alliés, un discours idéologique hostile aux architectures régionales soutenues par l’Europe, et une capacité commune à instrumentaliser les tensions. Ce rapprochement triangulaire – Moscou, Téhéran, Alger – fournit à chacun un levier : à la Russie, des débouchés militaires hors sanctions ; à l’Iran, des partenariats pour contourner l’isolement ; à l’Algérie, des moyens de peser dans son face-à-face avec Rabat.
L’enjeu immédiat dépasse la seule question aérienne. L’Algérie cherche à apparaître comme le premier acteur militaire d’Afrique du Nord, quitte à déclencher une spirale de déséquilibre régional. L’acquisition éventuelle de Su-57 ferait d’elle le premier pays africain doté de chasseurs de cinquième génération. Un geste hautement symbolique dans un contexte où chaque signe de supériorité technique est exhibé comme un message adressé au Maroc.
Les stratèges algériens ne s’en cachent pas. La rivalité avec Rabat structure leur doctrine de défense bien plus que la lutte antiterroriste ou la coopération africaine. Le Sahara marocain demeure le centre de cette obsession. L’Algérie, qui continue de financer, armer et relayer la propagande du Polisario, voit dans le renforcement de sa flotte aérienne un moyen d’augmenter la pression sur le Royaume. Cette politique n’a rien de défensif. Elle relève d’un geste de posture et d’intimidation.
Le Maroc, de son côté, ne s’est jamais laissé entraîner dans la course à l’escalade. Ses alliances s’appuient sur la légitimité internationale, la coopération stratégique avec les puissances occidentales et une diplomatie réaliste. Les discussions autour d’une possible acquisition de F-35 américains ne répondent pas à une logique de surenchère, mais à la nécessité de préserver l’équilibre face à la militarisation agressive de son voisin. Rabat ne cherche pas la confrontation, mais il ne permettra pas que l’axe Alger-Moscou-Téhéran remette en question la stabilité du Maghreb et la souveraineté du Royaume.
L’Europe, Israël et les États-Unis observent ces manœuvres avec une inquiétude croissante. La présence militaire russe en Méditerranée, l’influence iranienne sur les théâtres moyen-orientaux et la proximité géographique de l’Algérie créent un faisceau de tensions qui ne peut être ignoré. Les stratèges occidentaux savent que l’enjeu dépasse la simple vente d’armes. Ce qui se dessine, c’est la formation progressive d’un bloc alternatif aux alliances traditionnelles.
Mais c’est au Maghreb que les conséquences seront les plus directes. Le régime algérien, isolé de son propre peuple, instrumentalise la question militaire pour détourner l’attention de ses impasses internes. L’achat d’avions de nouvelle génération ne résout ni les crises sociales, ni le chômage massif, ni l’étouffement politique. Il alimente en revanche l’idée d’un bras de fer avec le Maroc comme diversion permanente.
Face à cela, Rabat maintient une stratégie lisible et cohérente. Le Royaume renforce ses partenariats crédibles, modernise ses capacités sans tomber dans l’hystérie et défend fermement sa cause nationale, le Sahara marocain, avec la légalité internationale comme appui. Il ne peut ignorer la montée en puissance militaire d’Alger, mais n’a aucune raison d’imiter ses provocations pour exister.
L’Algérie croit se renforcer en se liant davantage à Moscou et Téhéran. En réalité, elle s’enferme dans un triangle de dépendance et d’isolement. Ce choix militaire, présenté comme souverain, risque surtout d’accélérer sa marginalisation au sein du continent, tout en renforçant la détermination du Maroc à protéger sa sécurité et son intégrité territoriale.