Le cinquième Forum « Maroc diplomatique – Sahara », organisé à Dakhla, a offert un moment de lecture stratégique du positionnement international du Maroc. Le représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, y a décrit une diplomatie structurée par l’action, attentive aux résultats et ancrée dans une vision africaine assumée. Ses propos éclairent une orientation qui gagne en cohérence au sein des institutions internationales.
Omar Hilale a présenté, avec sobriété, une ligne diplomatique construite autour d’un principe central : la valeur des actes prévaut sur le discours. Cette orientation reflète une méthode qui privilégie la continuité, l’anticipation et la crédibilité internationale. Selon lui, la diplomatie marocaine repose sur trois piliers : bâtir la confiance plutôt que la suspicion, rechercher la coopération plutôt que l’isolement, inscrire toute action dans la durée plutôt que dans l’opportunisme. Cette approche, qui s’inscrit dans les orientations royales, se veut une réponse aux transformations rapides de l’environnement international.
Le diplomate rappelle que cette méthode n’est pas récente. Elle s’inscrit dans une profondeur historique où convergent les horizons atlantique, saharien, africain et européen. Cette géographie composite a façonné une pratique diplomatique ouverte, mobile et capable d’interagir avec des espaces politiques divers. La célébration du cinquantième anniversaire de la Marche verte sert ici de point d’ancrage : elle relie mémoire nationale, continuité institutionnelle et projection stratégique vers l’Afrique.
Dans son intervention, Omar Hilale a structuré son analyse à partir des fondements de la Charte des Nations unies : développement, droits humains, paix et sécurité. Sur chacun de ces axes, il a souligné la contribution spécifique du Maroc et la manière dont celle-ci s’exprime dans les enceintes multilatérales.
Sur la question du développement, il défend une conception qui associe inclusion sociale, investissements productifs et stabilité régionale. Les projets énergétiques, les infrastructures portuaires, les interconnexions africaines ou encore les programmes de développement humain illustrent cette orientation. Selon lui, le Maroc cherche à démontrer que la croissance, lorsqu’elle est inclusive, peut devenir un facteur de stabilité au sens large.
En matière de droits humains, Omar Hilale a insisté sur l’importance du cadre constitutionnel adopté en 2011. Ce référentiel, affirme-t-il, nourrit une diplomatie qui accorde un rôle central à la dignité humaine, à l’égalité et à la liberté de croyance. Il évoque également la dimension spirituelle et institutionnelle qui caractérise l’expérience marocaine, et qui lui permet de proposer un modèle de coopération respectueux des contextes culturels africains.
Sur la paix et la sécurité, le diplomate adopte une lecture large des menaces : terrorisme, trafics, crises humanitaires, vulnérabilités climatiques. Sa thèse est claire : ces défis ne peuvent être traités par une approche strictement militaire. Il faut des réponses globales, mêlant prévention, coopération régionale, développement et gestion coordonnée des risques. C’est dans cet esprit que le Maroc a présenté sa candidature pour présider, dès janvier prochain, la Commission de consolidation de la paix de l’ONU. L’objectif affiché : renforcer la présence africaine dans les organes décisionnels de l’Organisation, et défendre une approche réaliste, centrée sur les besoins des populations.
Omar Hilale rappelle également que la présence marocaine au Conseil de sécurité exprime cette ligne d’action : faire entendre les préoccupations du continent et promouvoir des solutions concrètes dans les dossiers africains. Cette posture se traduit par une attention particulière portée aux dynamiques régionales, à la stabilité du Sahel, aux défis transfrontaliers et aux aspirations politiques africaines.
Le diplomate relie enfin cette dynamique au cadre plus large du dossier du Sahara. La commémoration de la Marche verte, combinée à la résolution 2797 du Conseil de sécurité, illustre selon lui la capacité du Maroc à conjuguer légitimité historique, consensus national et vision continentale. Cette articulation entre mémoire, diplomatie et projection africaine constitue, pour Hilale, un levier essentiel du positionnement marocain sur la scène internationale.
Le forum de Dakhla, organisé cette année sous le thème « 50 ans de Marche verte : unité nationale et ambition africaine », prend dès lors une dimension symbolique. Il montre comment la politique étrangère marocaine cherche à lier cohésion interne, projection africaine et engagement multilatéral. La région de Dakhla — devenue un pôle majeur de connectivité, de pêche, d’énergies renouvelables et de diplomatie économique — incarne cette orientation stratégique.
L’intervention d’Omar Hilale offre une lecture claire : la diplomatie marocaine avance sur un terrain où comptent surtout les résultats tangibles, la stabilité régionale et la capacité à donner une voix crédible au continent africain dans les enceintes internationales. Cette approche, fondée sur le concret et sur une vision structurée, reflète une maturité diplomatique qui cherche à conjuguer héritage historique, cohérence nationale et ambition continentale.