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La cybersécurité en pleine montée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : un paysage qui interpelle le Maroc

17 novembre 2025 - 10:48

Les dépenses consacrées à la sécurité de l’information au Moyen-Orient et en Afrique du Nord atteignent cette année 3,3 milliards de dollars, ce qui représente une hausse notable par rapport à 2024. Cette évolution, révélée par un rapport de Gartner, reflète l’importance croissante de la cybersécurité dans une région confrontée à des risques numériques de plus en plus sophistiqués.

Les programmes de sécurité de l’information constituent la première catégorie de dépenses, avec près de 1,5 milliard de dollars. Cette progression traduit une volonté claire d’améliorer la résilience des systèmes, de répondre aux nouvelles exigences réglementaires et d’encadrer le virage numérique engagé dans plusieurs pays de la région. Les responsables de la sécurité informatique anticipent pour 2025 une intensification des investissements, portée par la multiplication des plateformes numériques et par la croissance rapide des échanges électroniques.

L’intérêt accru pour la cybersécurité s’explique également par l’introduction de technologies d’IA qui facilitent les attaques. Plusieurs types de menaces émergent ou se renforcent : hameçonnage automatisé, exploration de vulnérabilités, attaques ciblées conçues à partir d’algorithmes capables d’apprendre et de contourner les défenses classiques. Les organisations publiques et privées se retrouvent face à des adversaires mieux équipés, dont les outils évoluent au même rythme que les technologies de défense.

Le rapport du Centre de cybersécurité de l’Union internationale des télécommunications, publié en 2024, met en lumière une forte disparité entre pays arabes. Il classe les États selon cinq niveaux de préparation. Le premier, qui correspond aux systèmes les plus avancés, inclut l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn, l’Égypte, la Jordanie, le Maroc et le Qatar. Ces pays disposent d’un ensemble cohérent de structures techniques, légales et organisationnelles, renforcé par des programmes de formation et des dispositifs de coopération.

Le troisième niveau regroupe l’Algérie, la Libye, la Tunisie et le Koweït. Ces pays développent encore leur cadre national de cybersécurité et entreprennent des efforts pour accroître leurs compétences techniques. Le quatrième niveau comprend l’Irak, le Liban, la Mauritanie, le Soudan, la Syrie et la Palestine, où les initiatives restent encore limitées. Le cinquième niveau se limite au Yémen, confronté à une capacité de réponse très faible.

Pour le Maroc, la dynamique régionale comporte plusieurs implications. Le classement du Royaume dans le premier niveau est un acquis important, mais il ne constitue pas une garantie durable. La hausse rapide des capacités offensives, portée en partie par l’intelligence artificielle, élève en permanence le seuil de préparation requis. Les infrastructures critiques, les services publics digitalisés et les secteurs industriels doivent maintenir un effort constant d’actualisation de leurs systèmes.

Le renforcement de la coopération régionale pourrait également devenir un levier essentiel. Les attaques informatiques ne tiennent compte ni des frontières ni des niveaux de développement. La construction d’un espace maghrébin capable de partager des alertes, de mutualiser certaines ressources et d’harmoniser les compétences serait une réponse adaptée à un paysage numérique en mutation rapide.

Le rapport de Gartner met enfin en évidence un point souvent sous-estimé. La cybersécurité n’est plus un domaine réservé aux administrations ou aux grandes entreprises. Les petites structures, les collectivités locales et les institutions éducatives deviennent des cibles privilégiées, car elles disposent de défenses plus modestes. Une politique nationale efficace repose autant sur la protection des systèmes critiques que sur la diffusion de compétences de base à l’échelle de l’ensemble du tissu économique.

La progression spectaculaire des dépenses en cybersécurité dans la région MENA confirme que les risques numériques gagnent en profondeur et en diversité. Le Maroc, mieux positionné que plusieurs de ses voisins, doit continuer à adapter ses réponses afin de préserver la stabilité de ses infrastructures et la confiance dans ses processus numériques.

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