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Maroc : le Mouvement Damir appelle à un nouveau modèle politique pour restaurer la confiance

17 novembre 2025 - 12:30

À travers une note politique dense et structurée, le Mouvement Damir estime que le Maroc se trouve à un moment charnière. Selon cette plateforme, les réformes électorales évoquées dans le discours royal du 29 juillet 2025 ne peuvent produire leurs effets que si elles s’insèrent dans une transformation plus profonde de la vie publique. L’organisation plaide pour un modèle politique rénové, capable de rétablir la confiance entre institutions et citoyens.

Le document publié par le mouvement intervient alors que les consultations menées par le ministère de l’Intérieur sur la réforme du système électoral ont mis en lumière un constat sévère : les principaux partis politiques ayant participé au processus dressent un bilan extrêmement préoccupant des législatives de 2021. Tous s’accordent sur plusieurs dérives — usage d’argent illicite, manque d’efficacité du dispositif électoral, irrégularités dans le découpage des circonscriptions — qui, selon eux, ont altéré la crédibilité de l’ensemble du processus.

Pour le Mouvement Damir, ces constats ne doivent pas conduire à de simples ajustements techniques. La crise touche, selon la plateforme, les fondements mêmes de la vie politique marocaine, appelant à une refondation conceptuelle du modèle qui organise la relation entre le pouvoir institutionnel et la société.

Un diagnostic sans complaisance de la scène politique

La note identifie trois nœuds essentiels qui entravent la vitalité démocratique du pays.

Le premier renvoie aux responsabilités institutionnelles. Le Mouvement Damir souligne que des zones grises persistent dans la répartition des rôles entre les différentes institutions. Cet état de fait entretient un manque d’alignement dans les politiques publiques et nourrit une culture d’attentisme au sein des élites.

Le deuxième concerne la vie interne des partis. Selon le mouvement, plusieurs formations souffrent d’un déficit de démocratie interne : absence de congrès réguliers, cumul prolongé des mandats, mécanismes de sélection qui freinent l’émergence de nouvelles générations politiques. Cette stagnation affaiblit la capacité des partis à représenter efficacement la société et à renouveler leurs cadres.

Le troisième porte sur les règles du jeu électoral. Le Mouvement Damir insiste sur l’impact du financement opaque, du recours abusif à l’argent illicite, de certaines interférences administratives et de l’utilisation d’un quotient électoral fondé sur le nombre de personnes inscrites. La suppression du seuil électoral a, selon lui, fragmenté davantage le paysage partisan, compliquant la formation de majorités cohérentes.

Le précédent de 2021, un tournant encore contesté

La note revient en détail sur les irrégularités dénoncées lors des législatives de 2021. À l’époque, le Mouvement Dhamir avait mis en garde contre un « mercato politique » marqué par des mouvements opportunistes entre partis et par l’usage excessif de moyens matériels pour influencer les électeurs. Quatre ans plus tard, les témoignages recueillis lors des consultations de 2025 confirment, selon le mouvement, que ces pratiques ont sapé les conditions d’une véritable compétition électorale.

Cette accumulation d’anomalies a nourri une perception durable de fragilité institutionnelle, alimentant le désengagement d’une partie importante de la population, notamment des jeunes. Le mouvement rappelle que la défiance citoyenne ne résulte pas uniquement des performances économiques ou sociales, mais également de la perception d’un système politique qui peine à se régénérer.

Un appel à un modèle politique renouvelé

Pour le Mouvement Damir, l’heure n’est plus aux ajustements marginaux. Le Maroc, estime la plateforme, doit se doter d’un modèle politique capable de rétablir une articulation claire entre responsabilité, transparence et participation citoyenne. Plusieurs axes sont proposés :

  • Appliquer effectivement le principe de reddition des comptes, en renforçant les mécanismes d’évaluation et en clarifiant les responsabilités institutionnelles.

  • Limiter le nombre de mandats internes dans les partis afin de favoriser la circulation des élites.

  • Contrôler rigoureusement le financement politique, tant au niveau des partis que des campagnes électorales.

  • Accroître la capacité réelle du Parlement et du gouvernement à peser sur les décisions publiques.

  • Stimuler la participation politique des jeunes et des femmes.

  • Établir des règles électorales plus équitables et transparentes, afin de restaurer la confiance dans l’intégrité du processus.

Pour le mouvement, ces transformations sont indispensables pour prévenir des tensions sociales accrues et restaurer le lien civique dans un pays où une partie de la jeunesse exprime un sentiment d’exclusion.

Une fenêtre politique ouverte par le contexte national

Le Mouvement Damir estime que le discours royal du 29 juillet 2025 a ouvert un espace pour une révision d’ampleur des règles encadrant les élections législatives. Mais il souligne que ces réformes ne suffiront que si elles s’inscrivent dans une restructuration globale du fonctionnement politique, plus transparente et plus inclusive.

Dans un environnement social où les attentes sont fortes, la note cherche à repositionner le débat public autour d’une question essentielle : comment redonner sens à la représentation politique et construire un pacte institutionnel capable de répondre aux aspirations citoyennes ?

Selon le mouvement, la confiance ne reviendra que par une réorganisation plus cohérente et plus lisible de la scène politique, condition indispensable pour consolider la stabilité du pays.

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