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Forum de Dakhla : l’Afrique cherche ses routes, la logistique ses fondations

23 novembre 2025 - 13:29

À l’heure où l’intégration économique du continent avance par à-coups, le Forum « Dakhla Africa Logistics » remet au centre du débat l’urgence d’une architecture logistique africaine cohérente, moderne et connectée. Les recommandations issues de ces deux journées ne relèvent pas du simple vœu institutionnel : elles tracent les contours d’une Afrique capable de maîtriser ses flux, ses corridors et son avenir stratégique.

Le Forum « Dakhla Africa Logistics », organisé les 20 et 21 novembre, n’a pas été une rencontre de plus dans le calendrier africain. L’événement a laissé une impression nette : le continent sait où il veut aller, mais il doit encore tracer les routes qui permettront d’y parvenir. Dakhla, qui regarde l’Atlantique comme un espace d’opportunités, s’affirme chaque année davantage comme un laboratoire de ce basculement.

Réunis autour du thème « Une Afrique connectée, durable et souveraine », les participants ont dressé un constat sans détour : l’intégration économique reste entravée par la fragmentation logistique, et la ZLECAf ne pourra réellement fonctionner que si les infrastructures suivent le rythme des ambitions politiques.

Corridors coordonnés : une urgence stratégique

Au cœur des discussions revient une idée directrice : la nécessité de créer des corridors logistiques africains cohérents, continus et gouvernés de manière concertée. Autrement dit, passer d’itinéraires nationaux juxtaposés à de véritables axes continentaux, capables de relier les ports, les zones industrielles et les marchés intérieurs.
Les intervenants ont souligné que l’Afrique ne manque pas de projets, mais de cohérence. D’où l’appel à renforcer les axes atlantiques, sahariens et transafricains, afin de transformer ces routes en artères économiques réellement opérationnelles.

Gouvernance et outils continentaux : un chantier politique

L’idée d’un Conseil africain de la logistique et celle d’un Observatoire de la performance logistique ont été accueillies favorablement. Ces deux instruments offriraient une vision unifiée des coûts, des délais et des pratiques, tout en évitant la prolifération de dispositifs disparates qui ralentissent les échanges.

Plusieurs intervenants ont rappelé qu’un continent connecté ne se construit pas uniquement avec des routes, des ports ou des plateformes logistiques. L’Afrique a besoin d’un cadre commun, capable d’assurer qu’un camion, un conteneur ou une marchandise puissent circuler avec la même prévisibilité de Tanger à Lagos, ou de Ouagadougou à Dakar. Cette harmonisation des règles – douanières, techniques et administratives – devient l’un des véritables leviers de l’intégration économique.

Digitalisation : le talon d’Achille devenu atout potentiel

La digitalisation, souvent perçue comme un défi, apparaît ici comme un levier majeur. Les participants ont appelé à généraliser le suivi des marchandises, l’interopérabilité des systèmes portuaires et douaniers, ainsi que la création d’un guichet unique africain inspiré du modèle marocain.
Dans un continent où le papier circule parfois plus vite que les marchandises, la dématérialisation devient un impératif économique.

Zones logistiques, transition énergétique et rôle de Dakhla

Le forum a également insisté sur l’importance de développer des zones logistiques spécialisées et de renforcer les liaisons terrestres, portuaires et multimodales.
La transition énergétique n’a pas été absente des discussions : création d’un label « logistique verte en Afrique », corridors bas-carbone, et valorisation du potentiel de Dakhla dans l’hydrogène vert, un domaine où la région ambitionne déjà de jouer un rôle pionnier.

Former les compétences, préparer l’avenir

Autre recommandation forte : la création d’une Académie africaine du commerce et de la logistique à Dakhla. L’objectif est clair : former les cadres et les jeunes africains aux métiers d’une logistique modernisée, en favorisant la mobilité académique et la montée en compétences des futurs opérateurs du continent.

Vers une logistique africaine harmonisée

La conclusion du forum converge vers un même point : la logistique africaine ne progressera réellement qu’à travers des partenariats publics-privés solides et une harmonisation des normes, certifications et documents de transport.
Sans cette convergence, les infrastructures resteront isolées, incapables de porter l’ambition de la ZLECAf.

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