À Marrakech, en marge de la 93ᵉ Assemblée générale d’Interpol, le Maroc et l’Éthiopie ont franchi une étape majeure dans leur coopération sécuritaire en signant un accord qui couvre un large spectre de menaces transnationales.
La 93ᵉ Assemblée générale d’Interpol, qui se tient cette semaine à Marrakech, n’a pas seulement permis de mesurer l’ampleur des transformations technologiques de l’organisation mondiale de police. Elle a aussi servi de cadre à un mouvement diplomatique discret mais stratégique : la signature d’un mémorandum d’accord entre Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, et le commissaire général de la police fédérale éthiopienne.
Cette entente place les deux pays dans une dynamique de coopération active face à des menaces qui dépassent les frontières et exigent une réponse coordonnée. L’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord, souvent confrontées à des défis sécuritaires de nature différente mais interconnectée, trouvent dans ce partenariat un espace de travail commun à la fois pragmatique et ambitieux.
Une architecture de coopération tournée vers l’action
Le mémorandum signé à Marrakech établit un cadre référentiel couvrant les domaines opérationnels, techniques et du renseignement. Il s’agit d’un engagement mutuel à partager l’information, à échanger les expertises et à fournir une assistance technique ciblée. L’objectif est clair : renforcer les capacités de prévention et de réponse des deux pays face aux réseaux criminels qui exploitent les vulnérabilités régionales.
Ce partenariat s’inscrit pleinement dans l’approche promue par Abdellatif Hammouchi lors de son intervention devant l’Assemblée générale d’Interpol. Le responsable marocain y a insisté sur l’idée d’une « sécurité collective indivisible », formule qui résume l’option stratégique du Maroc : coopérer, anticiper, et construire des coalitions régionales solides.
Des priorités ciblées sur les crimes les plus critiques
L’accord couvre un ensemble de menaces qui pèsent lourdement sur la stabilité régionale. Les deux pays s’engagent à renforcer leur coordination dans des domaines sensibles :
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lutte contre la traite des êtres humains
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lutte contre l’immigration irrégulière
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démantèlement des réseaux de trafic d’organes
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lutte contre le trafic de stupéfiants et de substances psychotropes
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lutte contre le trafic d’armes, d’explosifs et de matières dangereuses
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lutte contre la cybercriminalité et la criminalité financière
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coopération contre le blanchiment d’argent
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tout autre champ d’intérêt commun lié au crime organisé transnational
Ce catalogue témoigne d’une lecture réaliste des menaces, mais aussi de l’ambition du Maroc d’inscrire sa coopération sécuritaire dans une logique globale. À travers cet accord, Rabat propose son expertise et met à disposition de son partenaire les compétences techniques et la formation nécessaires pour renforcer les ressources humaines de la police fédérale éthiopienne.
Convergence politique et consolidation du rôle régional du Maroc
La signature de cet accord intervient dans un contexte géopolitique particulier, marqué par une multiplication des foyers d’instabilité et une recomposition des alliances sur le continent africain. Elle illustre la capacité du Maroc à construire des partenariats durables en Afrique, basés sur la confiance et la complémentarité.
Membre actif d’Interpol et contributeur régulier aux opérations de l’organisation, le Maroc s’est imposé au fil des années comme un pôle de stabilité et un acteur crédible dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. L’Éthiopie, quant à elle, cherche à moderniser ses institutions sécuritaires dans un environnement régional en mutation.
Le choix de Marrakech comme cadre de cette signature renforce cette symbolique. La ville accueille plus de mille délégués provenant de 181 pays, dont 25 ministres et 82 chefs de police. C’est dans cette atmosphère d’échanges et de projection stratégique que Hammouchi et son homologue ont tenu une réunion bilatérale pour évaluer le bilan de la coopération existante et fixer les prochaines étapes.
Une coopération qui dépasse le cadre bilatéral
L’accord Maroc–Éthiopie illustre un mouvement plus large porté par l’Assemblée générale d’Interpol cette année. Les discussions portent sur la transformation technologique des forces de police, le démantèlement des centres de fraude internationaux, la promotion des femmes dans les forces de sécurité, ou encore la ratification de nouveaux instruments internationaux contre la cybercriminalité.
Le Maroc, qui met en avant sa vision d’une sécurité articulée autour de la prévention, de l’innovation et de la coopération régionale, confirme ici son rôle de facilitateur. L’Éthiopie, en s’engageant dans ce partenariat, renforce à la fois ses capacités internes et sa présence dans les dispositifs africains de sécurité collective.