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Une nouvelle ingénierie financière africaine, portée par les fonds souverains, ouvre la voie à l’investissement conjoint

28 novembre 2025 - 08:51

Réunis à Rabat à l’occasion des « Africa Investment Forum Market Days 2025 », décideurs financiers et responsables institutionnels ont mis en lumière le rôle central des fonds souverains et des institutions publiques dans la structuration d’un nouvel écosystème financier capable d’attirer massivement les capitaux privés en Afrique.

Une table ronde de haut niveau organisée jeudi à Rabat, dans le cadre des Journées du marché du Forum africain de l’investissement, a souligné l’effet de levier déterminant des fonds souverains et des institutions publiques stratégiques dans la libération de l’investissement privé sur le continent.

Les intervenants, réunis autour du thème « Chaînons manquants : ouvrir la voie à une montée en puissance de l’investissement privé en Afrique », ont exposé les contours d’une ingénierie financière africaine émergente, soutenue par des fonds souverains et des véhicules d’investissement stratégiques gérant collectivement plusieurs centaines de milliards de dollars. Cette architecture nouvelle favorise des opportunités inédites d’investissement conjoint et de mobilisation des capitaux privés à grande échelle.

À cet égard, Xing Liang, directeur général du Silk Road Fund, a insisté sur le rôle structurant des fonds souverains et des fonds stratégiques dans l’émergence d’une ingénierie financière orientée vers la transformation économique. Selon lui, ces instruments permettent à la fois le déploiement de capitaux de long terme et la mise en place de mécanismes de co-investissement capables d’attirer davantage d’acteurs privés.

Évoquant les capacités d’intervention de son institution, dotée d’un capital total avoisinant 60 milliards de dollars, il a estimé que ces fonds constituent un levier essentiel pour accélérer la mise en œuvre de projets structurants, renforcer la résilience des économies émergentes et soutenir une croissance inclusive.

Le dirigeant a identifié trois préoccupations majeures des investisseurs internationaux désireux de renforcer leur présence en Afrique : l’insuffisance de partenariats solides avec les entreprises locales et les fonds de capital-investissement opérant dans la région, la nécessité d’une implication précoce des banques multilatérales de développement pour évaluer la viabilité et les risques des projets, ainsi que la faible profondeur des marchés financiers, qui complique les stratégies de sortie, y compris pour les investisseurs de moyen et long terme.

De son côté, Amine Houssane, président-directeur général de INNOVX, filiale du Groupe OCP, a plaidé pour une gestion rigoureuse et continue des risques tout au long du cycle de vie des projets. Il a appelé à l’implication des institutions financières et des investisseurs dès les premières phases afin d’identifier les risques et d’anticiper les leviers de création de valeur.

Il a relevé que de nombreux projets affichent initialement des rendements modestes, avant une amélioration progressive grâce à l’activation des leviers de création de valeur identifiés en amont. Le suivi de ces leviers facilite l’apparition de synergies, d’opportunités d’optimisation, l’amélioration des cadres de gouvernance et le renforcement de la durabilité.

Pour sa part, Olivier Ewiak, responsable du secteur public africain chez JP Morgan, a rappelé que le financement des infrastructures en Afrique repose actuellement à hauteur de 85 % sur les finances publiques, contre 5 à 10 % seulement pour le secteur privé. À l’échelle mondiale, cette dernière part varie généralement entre 50 et 60 %, ce qui, selon lui, met en évidence la nécessité d’un engagement accru du capital privé dans les projets du continent.

Il a également salué les innovations introduites par les institutions de financement du développement, notamment les mécanismes de prise en charge des premières pertes, les garanties élargies et les solutions de titrisation structurée. Ces instruments contribuent à réduire le profil de risque des projets et à renforcer l’attractivité pour les investisseurs privés.

Placée sous le haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, la session 2025 de l’Africa Investment Forum, qui s’achève le 28 novembre, poursuit l’objectif d’accélérer la concrétisation de projets d’investissement en Afrique en mettant en relation directe porteurs de projets, bailleurs de fonds, gouvernements et partenaires stratégiques.

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