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Maroc–Turquie : le Mondial 2030 comme accélérateur d’affaires

29 novembre 2025 - 20:45

Alors que le Maroc s’apprête à coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, les milieux économiques turcs regardent Rabat avec un intérêt renouvelé. À Istanbul, diplomates, responsables publics et patrons ont esquissé les contours d’une séquence de coopération plus dense, portée par l’investissement, l’industrie et les infrastructures.

Au « Forum d’affaires et d’investissement turco-marocain » tenu à Istanbul, l’ambassadeur du Maroc en Turquie, Mohamed Ali Azrak, a planté le décor : la dynamique liée au Mondial ouvre un cycle d’opportunités pour les entreprises turques, en particulier dans l’immobilier, la construction et les services associés. Le propos dépasse l’événement sportif. Le football sert ici de levier pour des chantiers durables : mobilité, hôtellerie, aménagement urbain, énergie, logistique.

Le diplomate a rappelé les acquis structurels du Maroc : ports de classe mondiale, réseau autoroutier étendu, chemin de fer à grande vitesse, plateformes industrielles attractives. Ces infrastructures forment l’ossature d’un marché qui se projette à l’horizon 2030 avec des besoins massifs et des délais serrés. Dans ce cadre, la Turquie arrive avec un capital d’expérience solide en grands travaux et en partenariats public-privé, acquis sur des projets continentaux et transfrontaliers.

Même tonalité du côté marocain à travers la voix d’Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur. Il a insisté sur la portée transversale du Mondial : au-delà des stades, l’événement agit comme un catalyseur pour l’économie entière. Les deux gouvernements, a-t-il souligné, multiplient les échanges et mettent sur la table des propositions concrètes afin d’augmenter les flux commerciaux, d’améliorer l’équilibre des échanges et d’installer une logique de co-production. L’objectif se précise : des chaînes de valeur partagées, des joint-ventures industrielles, une montée en gamme des exportations.

Côté turc, Nail Olpak, président du Conseil des relations économiques extérieures (DEİK), a livré des chiffres qui donnent l’échelle : cinq milliards de dollars d’échanges en 2024. L’investissement cumulé des entreprises turques dans les infrastructures marocaines dépasserait quatre milliards de dollars. La séquence actuelle ambitionne désormais d’articuler projets bilatéraux et initiatives dans des pays tiers, l’Afrique en tête, où le Maroc joue un rôle de plateforme régionale.

Au patronat marocain, Chakib Alj, président de la CGEM, a donné une formule éclairante : « La Turquie apporte technologie et savoir-faire. Le Maroc apporte agilité, talents et accès aux marchés. » L’énoncé résume une complémentarité stratégique. D’un côté, des industriels rompus aux chantiers lourds et à l’ingénierie de flux. De l’autre, un hub africain en plein essor, doté d’accords commerciaux, de zones franches et d’un écosystème financier et logistique attractif. Ensemble, Rabat et Ankara visent l’Europe, l’Afrique et le bassin méditerranéen.

Le Mondial 2030 joue ici le rôle d’horloge économique. Les échéances poussent à accélérer, à exécutif comme au privé. Les appels d’offres se profilent, les consortiums se dessinent, les financements se montent. Les gagnants de demain seront ceux qui noueront tôt des alliances, sécuriseront des assiettes foncières, maîtriseront les normes et intégreront dès aujourd’hui les exigences environnementales.

La relation maroco-turque entre ainsi dans sa phase la plus concrète. Les discours convergent, les chiffres parlent, les chantiers s’annoncent. À l’ombre des projecteurs sportifs, une diplomatie économique s’active, bien décidée à transformer un rendez-vous planétaire en prospérité partagée.

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