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La Catalogne réclame un pacte migratoire national et envoie un signal stratégique au Maroc

05 décembre 2025 - 19:49

La principale organisation patronale catalane presse Madrid d’adopter un accord global sur l’immigration de travail. Cette initiative régionale éclaire une mutation profonde de l’économie espagnole et ouvre une séquence nouvelle pour les Marocains installés en Espagne ainsi que pour ceux qui envisagent d’y construire un avenir professionnel.

La demande ne vient ni du gouvernement espagnol ni d’un parti politique. Elle provient de Barcelone, de Foment del Treball, la plus ancienne organisation patronale catalane. Son président, Josep Sánchez Llibre, a exprimé une inquiétude qui dépasse largement les frontières de la Catalogne. L’économie régionale souffre d’un manque structurel de main-d’œuvre et la situation pourrait s’aggraver au cours de la prochaine décennie. Les entreprises catalanes estiment que la pénurie actuelle ne peut plus être compensée par les seuls efforts internes et qu’un soutien décisif de l’État devient indispensable pour stabiliser le marché du travail.

Les projections démographiques avancées par Foment présentent un scénario sans ambiguïté. L’Espagne pourrait se retrouver en 2035 avec près d’un million quatre cent mille postes vacants si l’arrivée de travailleurs étrangers ne s’intègre pas dans une stratégie nationale cohérente. La Catalogne, région densément industrialisée, ressent déjà la pression. Les secteurs de la construction, de la logistique, de l’hôtellerie, de l’agriculture et des soins peinent à recruter. Pour les entreprises catalanes, le constat est simple. La compétitivité dépendra d’une immigration professionnelle mieux organisée et plus accessible.

Cette réalité intéresse directement les Marocains qui vivent en Espagne ou ceux qui envisagent de s’y installer pour travailler. La Catalogne demeure l’un des pôles d’emploi les plus dynamiques de la péninsule. Les travailleurs marocains y sont présents depuis des décennies et jouent un rôle central dans plusieurs secteurs essentiels. Une demande officielle catalane pour élargir l’accès à la main-d’œuvre étrangère n’est donc pas un simple fait divers économique. Elle marque une étape dans une évolution plus large de la mobilité professionnelle entre les deux rives de la Méditerranée.

L’Europe connaît un vieillissement rapide et une contraction progressive de sa population active. L’Espagne n’échappe pas à cette tendance. Les départs massifs à la retraite et la faible natalité créent un décalage entre les besoins économiques et les capacités locales. La Catalogne a choisi de reconnaître cette réalité au lieu de la masquer. En demandant à Madrid un pacte national qui facilite l’arrivée de travailleurs étrangers, elle place la question migratoire au cœur d’un débat stratégique et non idéologique.

Si l’État répond favorablement à cette demande, plusieurs perspectives pourraient se développer pour les Marocains. Les programmes de migration circulaire, déjà en place dans certains secteurs agricoles, pourraient être élargis à l’industrie et aux services. La formation professionnelle pourrait être renforcée en amont, au Maroc, afin de préparer davantage de candidats aux besoins réels de la Catalogne. Les procédures administratives pourraient être simplifiées pour les filières en tension, améliorant ainsi l’accès légal au marché espagnol. La reconnaissance des compétences et l’expérience acquise au Maroc pourrait également gagner en visibilité.

Cette évolution modifie en profondeur les équilibres qui soutiennent le modèle économique espagnol et oblige les décideurs à revoir leurs priorités. La migration de travail cesse d’être abordée comme un facteur de tension politique. Elle devient un levier de stabilité, de croissance et de cohésion sociale. La Catalogne formule un constat sans détour. Le marché du travail ne parvient plus à répondre à la demande et les entreprises cherchent des compétences que l’offre locale ne peut garantir. Le Maroc, par sa proximité, son dynamisme démographique et l’expérience de ses travailleurs présents en Espagne, figure naturellement parmi les partenaires les mieux placés pour accompagner ce tournant.

Ce débat catalan ouvre ainsi une nouvelle page. Une page où la mobilité professionnelle ne se réduit pas à une réponse conjoncturelle, mais devient une composante durable des relations entre le Maroc et l’Espagne.

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