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À Rabat, les parquets de quatre pays redéfinissent leurs priorités face à la menace terroriste

12 décembre 2025 - 09:19

Réunis à Rabat les 10 et 11 décembre, les procureurs généraux du Maroc, de la Belgique, de l’Espagne et de la France ont dressé un état des lieux précis de l’évolution du terrorisme international. Le communiqué final met en évidence un déplacement du centre de gravité des organisations terroristes vers le Sahel, l’usage croissant du numérique et le renforcement du lien entre terrorisme et criminalité organisée.

À l’invitation du Maroc, les parquets généraux des quatre pays parties à l’accord quadripartite de lutte contre le terrorisme se sont réunis à Rabat pour leur réunion annuelle élargie. Pendant deux jours, les délégations de Belgique, d’Espagne, de France et du Maroc ont échangé sur les mutations récentes de la menace terroriste et sur les réponses judiciaires à y apporter dans un contexte international en profonde recomposition.

Le communiqué final souligne que les évolutions géopolitiques et économiques observées dans plusieurs régions du monde ont favorisé l’émergence de discours radicaux et violents, contribuant à une transformation qualitative des formes de terrorisme. Les participants notent que, malgré les défaites militaires infligées aux organisations terroristes dans la zone syro-irakienne, la menace demeure active et se reconfigure.

Les procureurs relèvent en particulier un changement stratégique opéré par les dirigeants de l’organisation dite État islamique, qui appellent désormais leurs partisans à commettre des attentats dans leurs pays d’origine ou de résidence plutôt que de rejoindre des zones de combat. Cette évolution accroît la vulnérabilité des sociétés civiles et des infrastructures, tout en compliquant le travail des autorités judiciaires.

Le communiqué met également en évidence un déplacement progressif des centres d’influence des organisations terroristes vers la région du Sahel. Cette zone est désormais identifiée comme l’un des principaux foyers mondiaux du terrorisme, concentrant à elle seule environ 60 % des décès liés à des actes terroristes en 2024. Les participants associent cette situation à l’instabilité politique, économique et sécuritaire persistante dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et de la Corne de l’Afrique.

Les discussions ont aussi porté sur les dossiers de terrorisme actuellement traités par les juridictions des quatre pays, ainsi que sur les évolutions législatives en matière de prévention et de répression. Les délégations ont insisté sur la nécessité de lever les obstacles pratiques au renforcement de la coopération judiciaire, notamment dans les affaires à dimension transnationale.

Un point d’attention particulier concerne l’usage croissant des technologies de chiffrement par les réseaux terroristes. Selon le communiqué, cette réalité complique fortement les enquêtes et le suivi judiciaire. Les procureurs appellent à une implication plus structurée des acteurs du secteur privé, en particulier les entreprises technologiques, afin de faciliter l’accès aux informations dans un cadre juridique clair et conforme aux mécanismes de coopération judiciaire internationale.

Le texte exprime également une préoccupation face au rapprochement constaté entre terrorisme et criminalité organisée transfrontalière. Cette convergence, observée au cours des dernières années, se manifeste notamment dans les trafics d’êtres humains, d’armes et de stupéfiants. Les participants soulignent la nécessité d’adapter les outils judiciaires et de renforcer les capacités institutionnelles pour faire face à cette articulation de menaces.

Les membres de l’accord quadripartite rappellent enfin l’importance d’une approche globale de la lutte contre le terrorisme. Celle-ci doit inclure des mécanismes de prévention de l’extrémisme violent et des stratégies visant à déconstruire les discours radicaux, en complément de l’action répressive.

En conclusion, les participants ont salué la qualité de l’organisation de la réunion à Rabat et exprimé leur satisfaction quant au niveau de coopération judiciaire existant entre les quatre pays. Ils ont réaffirmé leur volonté de renforcer cette coopération afin de répondre plus efficacement à la menace terroriste, dans le respect des droits de la défense, des libertés fondamentales et des exigences de légalité des procédures.

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