Les êtres humains figurent parmi les espèces les plus monogames du règne des mammifères. C’est la conclusion d’une étude publiée cette semaine dans la revue Proceedings of the Royal Society: Biological Sciences, qui compare le degré de monogamie de 35 espèces, dont l’homme.
Dirigée par Mark Dyble, anthropologue évolutionniste à l’université de Cambridge, la recherche repose sur une méthode originale. Plutôt que d’analyser les comportements sociaux ou les normes culturelles, l’étude se fonde sur des données génétiques permettant d’estimer la proportion de frères et sœurs ayant les mêmes parents biologiques au sein d’une population.
L’analyse porte sur 103 sociétés humaines et 34 espèces de mammifères. Les résultats placent les humains en septième position, avec 66 % de frères et sœurs issus des mêmes parents, un taux proche de celui observé chez des espèces considérées comme socialement monogames. Le classement est dominé par le rongeur Peromyscus californicus, suivi du lycaon et du rat-taupe de Damaraland.
Selon Dyble, ces données confortent l’hypothèse selon laquelle la monogamie sociale a joué un rôle structurant dans l’évolution humaine, en favorisant la stabilité des liens familiaux et la coopération au sein des groupes. L’étude s’appuie sur près de deux millions de relations de parenté humaines, issues de sources archéologiques et ethnographiques couvrant différentes périodes historiques.
Plusieurs chercheurs appellent toutefois à la prudence dans l’interprétation des résultats. Julia Schroeder, spécialiste de l’évolution au Imperial College de Londres, estime que toute tentative de classement binaire simplifie excessivement la diversité des comportements observés. Kit Opie, de l’université de Bristol, critique quant à lui le choix de comparer les humains à l’ensemble des mammifères plutôt qu’aux seuls primates, jugeant que l’étude ne répond pas à la question des causes profondes de la monogamie humaine.
Le débat relancé par cette publication illustre les limites des comparaisons biologiques lorsqu’elles sont appliquées à des sociétés humaines complexes, où les pratiques sociales, culturelles et familiales évoluent bien au-delà des seuls déterminants génétiques.