Dr. David ALVARADO
Les socialistes et les populaires ont souligné que le monarque avait pointé les défis auxquels sont confrontées la coexistence démocratique en Espagne et en Europe. À l’inverse, Sumar, Podemos et les partis indépendantistes ont reproché au Roi de ne pas avoir accordé d’attention à des questions sociales urgentes telles que le logement, les inégalités ou le conflit à Gaza, mettant en évidence la fracture politique autour du message institutionnel.
Le message de Noël du roi Felipe VI, prononcé le 24 décembre depuis le Palais royal, a suscité des réactions politiques contrastées qui reflètent la profonde polarisation du paysage politique espagnol. Tandis que les principaux partis de l’arc parlementaire, le PP et le PSOE, ont salué le contenu du discours et son insistance sur la défense de la coexistence démocratique, les formations de gauche et nationalistes ont critiqué ce qu’elles considèrent comme des silences significatifs sur des problèmes qui affectent directement les citoyens. Ces réactions témoignent des différentes lectures qu’effectuent les acteurs politiques d’un même message institutionnel.
Le président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a été l’un des premiers responsables à exprimer son soutien au discours. Feijóo a repris à son compte les paroles du Roi et a particulièrement mis en avant son appel à préserver la coexistence entre Espagnols sans ignorer les défis actuels. Le dirigeant conservateur a salué le fait que le monarque ait attiré l’attention sur les risques que représentent le populisme et le radicalisme pour la stabilité démocratique, interprétant le message comme un avertissement nécessaire dans le contexte politique actuel. Au sein du PP, on estime que ce discours renforce leur propre positionnement face à ce qu’ils qualifient d’extrémismes aux deux extrémités de l’échiquier politique.
De son côté, la présidente du PSOE, Cristina Narbona, a indiqué que son parti partageait et acceptait l’appel à la coresponsabilité lancé par Felipe VI. Narbona a souligné que le Roi avait su représenter celles et ceux qui défendent les valeurs de coexistence et de dialogue à un moment particulièrement complexe pour la démocratie espagnole. La dirigeante socialiste a insisté sur l’importance accordée par le message de Noël au renforcement des institutions démocratiques face aux discours cherchant à les fragiliser depuis des positions extrêmes.

Critiques venues de la gauche
La porte-parole de Sumar au Congrès, Verónica Martínez Barbero, a proposé une lecture très différente du discours royal. Elle l’a qualifié de « décevant » et a regretté que Felipe VI n’ait pas consacré davantage de temps à des questions urgentes telles que les inégalités, la précarité du travail ou la crise du logement. Selon Sumar, le discours a éludé des problèmes qui touchent directement des millions de citoyens, pour se concentrer sur des considérations abstraites autour de la coexistence, sans apporter de réponses concrètes aux revendications sociales immédiates.
Le secrétaire général du Parti communiste d’Espagne et député de Sumar, Enrique Santiago, a été encore plus sévère. Il a estimé que Felipe VI avait oublié « ce qu’il y a eu de plus grave en 2025 », reprochant au Roi de n’avoir fait aucune référence au génocide palestinien ni aux atteintes d’Israël au droit international. Pour le PCE, cette omission illustre les priorités du monarque et révèle une vision restreinte des défis démocratiques, ignorant des conflits internationaux d’une extrême gravité.
La formation Podemos s’est également montrée très critique à l’égard du message de Noël. Le parti dirigé par Ione Belarra a accusé Felipe VI de chercher à « apaiser les démocrates » en référence au défi indépendantiste d’octobre 2017, l’accusant implicitement d’avoir favorisé alors une logique de confrontation. Podemos considère que le Roi manque d’autorité morale pour parler de coexistence démocratique, estimant que son discours du 3 octobre 2017 a contribué à aggraver la crise catalane.

Rejet du souverainisme
Les partis indépendantistes catalans ont exprimé leur distance habituelle vis-à-vis du discours royal, avec toutefois des nuances selon les formations. Le porte-parole d’ERC au Congrès, Gabriel Rufián, a critiqué la mise en avant de la Constitution et des drapeaux espagnol et européen comme éléments symboliques, estimant que le message cherchait à imposer un cadre identitaire précis. Rufián a accusé le Roi de tenter d’apaiser le débat politique sans s’attaquer aux causes profondes de la désaffection démocratique.
Du côté de Junts, la porte-parole Míriam Nogueras s’est montrée plus tranchante, affirmant que Felipe VI ignore les problèmes concrets de la population et se réfugie dans la légitimation de la Transition. Le parti de Carles Puigdemont considère que le discours révèle une déconnexion du monarque avec les préoccupations réelles des citoyens, en particulier dans les territoires où la contestation de la monarchie et du cadre constitutionnel bénéficie d’un large soutien social. Pour Junts, le message met en lumière l’incapacité de l’institution monarchique à dialoguer avec une société de plus en plus plurielle et diverse.
Le PNV, pour sa part, a adopté une position plus mesurée. Sa porte-parole au Congrès, Maribel Vaquero, a regretté que le Roi n’ait pas davantage mis en valeur les acquis de la Transition et la construction de l’État des autonomies, tout en évitant un ton frontalement conflictuel. Le PNV a reconnu certains aspects du discours liés au dialogue et à la cohésion territoriale, tout en exprimant le souhait que ces principes se traduisent par des politiques concrètes respectueuses de la pluralité nationale de l’Espagne.
Les réactions politiques au discours de Noël de Felipe VI ont ainsi mis en évidence les profondes divisions qui traversent la vie politique espagnole. Tandis que le PP et le PSOE y ont vu une confirmation de leurs positions en faveur du cadre constitutionnel et de la coexistence démocratique, la gauche et l’indépendantisme ont dénoncé des omissions majeures concernant des problèmes sociaux et des conflits politiques non résolus. Cette fracture dans la réception du message institutionnel illustre la difficulté à construire des consensus larges dans un contexte de forte polarisation politique.