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Démission du président de la commission des programmes scolaires : les limites d’une réforme sans leviers

30 décembre 2025 - 13:46

La démission de Mohamed Sghir Jenjar, président de la Commission permanente chargée du renouvellement et de l’adaptation des programmes scolaires, remet au premier plan les fragilités structurelles du chantier de la réforme de l’éducation au Maroc. Ce départ intervient dans un contexte marqué par des difficultés persistantes à traduire les ambitions politiques en réformes opérationnelles durables.

Selon le quotidien L’Économiste, la démission est intervenue dans des conditions qualifiées de « floues » par des sources proches du dossier. Dès son lancement, le travail de la commission, pourtant présenté comme stratégique, s’est heurté à l’absence de moyens adéquats et à un cadre opérationnel insuffisamment défini. Les contours des responsabilités, les marges de décision et les mécanismes de pilotage sont restés imprécis, limitant d’emblée la portée de l’action engagée.

Le journal souligne que la réforme des programmes ne peut se réduire à la création d’une commission ou à l’engagement personnel de ses membres. Elle suppose une gouvernance claire, une vision d’ensemble et des instruments de mise en œuvre cohérents. Or, malgré plusieurs missions confiées à la commission depuis sa création, aucun progrès significatif n’a été enregistré dans l’application effective d’une réforme des curricula. Le fonctionnement est resté marqué par une logique expérimentale, des interventions ponctuelles et l’absence d’un calendrier structuré.

La démission de Jenjar met ainsi en lumière un déséquilibre plus profond : l’absence d’un dispositif institutionnel pérenne pour la réforme des programmes scolaires. Plusieurs observateurs estiment que la commission a évolué comme une structure transitoire, dépourvue de véritables leviers d’action, opérant dans un environnement réglementaire fragile et sans continuité stratégique.

Pour des spécialistes du secteur éducatif, cet épisode illustre une difficulté récurrente : le passage du discours politique sur la « réforme de l’enseignement » à une pratique capable de produire un changement qualitatif dans l’école publique. La succession des réformes, souvent lancées sans évaluation rigoureuse des précédentes, affaiblit leur crédibilité et interroge le lien entre responsabilité et reddition des comptes.

La démission relance également le débat sur l’utilité des commissions de réforme mises en place sans autonomie décisionnelle ni ressources humaines et financières suffisantes. Aux yeux de plusieurs acteurs éducatifs, la crise de l’enseignement au Maroc relève moins d’un manque d’intentions que d’un déficit de gouvernance et de choix structurels assumés.

Mohamed Sghir Jenjar avait été nommé en février 2024 par l’ancien ministre de l’Éducation nationale Chakib Benmoussa à la tête de cette commission, dont le mandat est fixé à quatre ans. Celle-ci devait élaborer un cadre de référence des programmes, actualiser les curricula et les manuels scolaires, diversifier les approches pédagogiques, intégrer les activités culturelles et sportives, améliorer la gestion du temps scolaire, notamment dans les zones rurales, et instaurer des mécanismes permanents d’évaluation et de révision. La commission compte 35 membres, représentant différents départements ministériels, institutions constitutionnelles et experts du secteur.

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