La décision des États-Unis de mettre fin à leur participation et à leur financement de plusieurs organismes des Nations unies et d’autres organisations internationales suscite une inquiétude croissante sur le continent africain. Lundi, l’Union africaine (UA) a averti que ce désengagement pourrait avoir des conséquences sensibles sur les dynamiques de développement, de sécurité et de résilience des sociétés africaines.
Dans un communiqué publié depuis Nairobi, la Commission de l’UA souligne que toute réduction des capacités opérationnelles de ces institutions risque d’affecter directement les progrès réalisés en matière de consolidation de la paix, de protection des populations vulnérables et de stabilisation des zones fragiles ou affectées par des conflits. L’organisation continentale insiste sur le caractère systémique de ces mécanismes multilatéraux, devenus au fil des années des leviers essentiels de coopération et de coordination internationale.
Cette réaction intervient après la signature, la semaine dernière, d’un décret présidentiel par Donald Trump actant le retrait des États-Unis de soixante-six organisations internationales, dont trente-et-une relevant du système des Nations unies. Parmi les structures concernées figurent notamment la Commission économique pour l’Afrique (CEA), la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique, ONU Femmes, ainsi que plusieurs dispositifs dédiés à la protection des enfants en zones de conflit, à l’aide humanitaire et à la mise en œuvre des Agendas 2063 et 2030 pour le développement durable.
Pour l’UA, ces entités ont joué un rôle déterminant dans le renforcement des capacités nationales et régionales, la promotion d’une croissance inclusive, l’appui aux politiques d’égalité de genre, la reconstruction post-conflit et la sécurisation des populations les plus exposées. Leur affaiblissement pourrait donc créer des effets de fragmentation institutionnelle dans des contextes déjà marqués par des vulnérabilités structurelles.
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a reconnu le droit souverain des États-Unis à réévaluer leurs engagements internationaux, tout en rappelant que Washington demeure historiquement un partenaire central du continent et un acteur clé de l’architecture multilatérale. Dans la même ligne, il s’est associé à l’analyse du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui défend la nécessité d’un multilatéralisme robuste, inclusif et opérationnel face à l’imbrication des crises contemporaines : conflits armés, dérèglement climatique, tensions économiques et risques sanitaires.
Aux yeux de l’UA, les plateformes multilatérales ont permis d’obtenir des résultats concrets, tant pour l’Afrique que pour la communauté internationale, en facilitant la mutualisation des ressources, l’expertise technique et la coordination politique. L’organisation appelle ainsi à maintenir un dialogue ouvert entre les États-Unis, les Nations unies et les partenaires internationaux afin d’identifier des mécanismes permettant de préserver les fonctions critiques du système multilatéral.
Le retrait américain s’inscrit dans une dynamique plus large de recentrage stratégique, justifiée par Washington au nom de la souveraineté nationale, des priorités économiques et de la défense des intérêts propres du pays. Cette orientation avait déjà conduit, en 2025, à la sortie des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé, du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et de l’Accord de Paris sur le climat.
Pour de nombreux observateurs africains, au-delà de l’impact financier immédiat, c’est la cohérence globale de la gouvernance internationale qui se trouve questionnée. Dans un environnement géopolitique instable, la capacité du continent à maintenir ses trajectoires de développement et de stabilité dépendra largement de la solidité des partenariats multilatéraux et de leur aptitude à absorber les recompositions des grandes puissances.