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Cyberattaques : la France renforce sa stratégie nationale de sécurité numérique

30 janvier 2026 - 18:19

Le journal français La Tribune a publié ce vendredi 30 janvier un entretien avec Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée du Numérique et de l’Intelligence artificielle, dans lequel elle revient sur la nouvelle stratégie nationale de cybersécurité de la France, alors que les cyberattaques atteignent un niveau inédit et que la protection des données personnelles devient un enjeu central de souveraineté.

Au cours des deux dernières années, plus de 43 millions de personnes ont vu leurs données personnelles exposées à la suite de cyberattaques majeures touchant aussi bien des opérateurs télécoms que des organismes publics. Face à ce constat alarmant, Anne Le Hénanff récuse toutefois l’idée d’un État dépassé. « Non, il est faux de dire que la situation est hors de contrôle », affirme-t-elle d’emblée dans les colonnes de La Tribune. Elle reconnaît cependant que « les cyberattaques sont plus nombreuses, plus sophistiquées et potentiellement plus déstabilisantes », et qu’elles « continueront de s’intensifier », notamment à l’approche des échéances électorales de 2026 et 2027.

Pour la ministre, la cybermenace dépasse désormais le cadre strictement criminel. « Elles sont aussi une arme dans la géopolitique mondiale », souligne-t-elle, évoquant l’utilisation du cyberespace comme outil de pression, de déstabilisation et d’ingérence. C’est dans ce contexte que la France a actualisé en 2025 sa Revue nationale stratégique, afin d’intégrer l’évolution rapide des menaces numériques.

La nouvelle stratégie nationale de cybersécurité repose sur cinq piliers. Le premier, jugé fondamental par la ministre, concerne les compétences et les talents. « Il faut former beaucoup plus d’ingénieurs, les garder en France et encourager les jeunes à choisir les métiers de la cybersécurité », insiste Anne Le Hénanff. Elle pointe également un déséquilibre persistant : « Les femmes ne sont pas assez présentes dans les filières techniques, et en particulier dans les métiers cyber ».

Cet enjeu est d’autant plus critique que la France accuse un retard. Alors que la stratégie de 2021 visait 75.000 emplois dans la filière cyber à l’horizon 2025, le secteur n’en compte aujourd’hui qu’environ 45.000. « Les besoins sont énormes », reconnaît la ministre, évoquant la concurrence des géants de la tech et la tension généralisée sur les profils qualifiés.

Le deuxième pilier vise à renforcer la cyberrésilience de la Nation, à travers des exercices de crise à grande échelle et une sensibilisation accrue des citoyens et des entreprises. « Il faut jouer collectif », explique Anne Le Hénanff, soulignant la nécessité d’embarquer l’ensemble des acteurs, des particuliers aux grandes infrastructures.

Les troisième et quatrième piliers concernent la détection plus précoce des attaques et la maîtrise des fondements numériques, notamment en matière de cryptographie, de cloud et d’intelligence artificielle. « Cela implique d’investir dans la recherche et dans les technologies de rupture », précise-t-elle, tout en appelant à renforcer les synergies entre les domaines civil et militaire.

Enfin, la stratégie s’inscrit dans une dimension européenne et internationale, en lien avec les futures réglementations de l’Union européenne. Sur la question des dépendances technologiques, la ministre se montre explicite : « Posez-vous la question de vos dépendances et, quand vous le pouvez, choisissez des solutions françaises et européennes ».

À travers cette stratégie, Paris entend moins promettre une sécurité absolue que construire une capacité durable d’anticipation et de résistance. Une approche qui illustre la transformation du cyberespace en enjeu politique majeur, dont les répercussions dépassent largement les frontières françaises.

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