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La politique des clés… mon expérience au sein du Rassemblement national des indépendants

01 février 2026 - 09:51
                                                                                     Dr. Abderrahim BOUAIDA

Ceux qui écrivent aujourd’hui sur le Parti du Rassemblement national des indépendants le font, pour la plupart, derrière une vitre : depuis l’extérieur de l’expérience et non depuis sa chaleur, depuis les marges du récit et non depuis son cœur. Quant à moi, j’écris avec la mémoire de celui qui a vécu, et dans la poitrine les traces d’un long chemin parcouru ; une part relevait du familial, semblable à un héritage que l’on ne choisit pas, une autre du politique, lorsque j’ai porté le nom du parti aux élections régionales de 2015, tel quelqu’un brandissant un drapeau sans savoir s’il le conduirait vers la lumière ou vers l’ombre.

À partir de 2016, le parti est entré dans un autre temps : un temps où les nouveaux venus se sont mêlés aux visages d’hier, tandis que les fondateurs s’effaçaient, à l’image de vieilles photos reléguées dans les tiroirs de l’oubli…
Dans les congrès auxquels j’ai assisté, nous applaudissions beaucoup et réfléchissions peu ; nous tendions les mains sans tendre les questions…
Le débat s’est absenté, l’éloge s’est imposé ; la compétence a reculé, les distances ont avancé : qui s’est rapproché du président, qui s’en est éloigné…
C’est alors seulement que j’ai compris que la loyauté était devenue un laissez-passer, et que la compétence n’était plus qu’un détail relégué en marge du tableau.

Dès lors, je ne m’étonne pas qu’aujourd’hui les clés du parti soient remises entre les mains d’un nouveau venu, et que se prolonge la même logique qui a porté son président sortant ; comme si l’histoire tournait en rond, rejouant la même scène sous des noms différents.

J’éprouve de la compassion pour M. Oujjar, et pour ceux des fondateurs et des compagnons de la première heure qui sont encore à ses côtés — pour ne pas dire des militants, car le militantisme porte une charge plus lourde que ce que peut supporter ce moment, ni dans ce parti ni ailleurs, sauf à qui Dieu fait miséricorde…
Je compatis pour eux parce qu’ils ont contribué, sciemment ou non, à transformer ce qu’il restait de l’histoire d’un parti qui fut, quelles que soient nos divergences avec lui, une composante de la mémoire de ce pays… Aujourd’hui, pleurer le mort, comme on dit, ne rend ni son souffle au récit ni son âme au corps.

J’ai quitté le parti et je l’ai critiqué en son temps, menant avec des frères et des sœurs un « mouvement de rectification » dont les chemins se sont dispersés, comme se dispersent les caravanes dans le désert. Lorsque nous avons été exclus, nous avons dit que ce n’était pas une expulsion du paradis, mais une médaille portée sur la poitrine : quitter un parti qui commençait à ressembler davantage à une entreprise de sous-traitance qu’à une idée politique.

Aujourd’hui, en ravivant une partie de ce passé, j’esquisse un sourire amer face à ceux qui affirment que le président a donné une leçon de démocratie et que le nouveau candidat constitue un choix judicieux… Et ma tristesse s’accentue lorsque je vois une partie de notre presse et de nos universitaires applaudir un jeune homme arrivé récemment d’un autre parti, inscrire son nom dans les registres des « réalisations démocratiques », comme s’il s’agissait d’une nouvelle ligne dans un livre dont les auteurs prétendront un jour qu’il est entré dans l’histoire.

Moi aussi, j’écrirai un jour un livre sur le parcours de mes désillusions politiques… Le Parti des Indépendants y aura un chapitre à part, où la mémoire sera réordonnée comme on dispose de vieilles photos sur une table en bois, une à une, sans fard ni masque.

Je l’écrirai de ma seule plume, avec la simplicité de celui qui sait que l’écriture est le seul métier qui ne le trahit pas. Je n’aurai besoin ni d’un cabinet d’études ni d’un conseiller : lorsque la mémoire est sincère, elle devient à elle seule le plus grand des conseillers.

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