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Sánchez défend dans The New York Times la régularisation migratoire face au trumpisme

06 février 2026 - 15:33

Le président du gouvernement espagnol a publié ce mercredi une tribune dans le quotidien américain dans laquelle il justifie la politique migratoire adoptée par son Exécutif comme une « nécessité morale et pragmatique » pour l’Occident. L’article oppose les politiques d’accueil promues par l’Espagne aux expulsions mises en œuvre par d’autres gouvernements occidentaux, en claire allusion à l’administration Trump.

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a publié une tribune d’opinion dans The New York Times dans laquelle il défend la régularisation extraordinaire de près d’un demi-million de migrants approuvée par son Exécutif le 27 janvier dernier. L’article, intitulé « Je suis le Premier ministre de l’Espagne. Voilà pourquoi l’Occident a besoin de migrants », pose une question centrale : « Que devons-nous faire de ces personnes ? ». La réponse du dirigeant socialiste marque un positionnement politique explicite face aux politiques restrictives mises en œuvre dans d’autres pays occidentaux, en particulier aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump.

La tribune s’inscrit dans un contexte international marqué par le durcissement des politiques migratoires dans de nombreux pays occidentaux. L’Espagne apparaît ainsi comme une exception dans cette tendance générale, en approuvant sa huitième régularisation extraordinaire depuis le retour à la démocratie. The New York Times avait lui-même souligné quelques jours auparavant que la mesure espagnole « va à contre-courant d’autres pays, qui sont devenus ces dernières années plus restrictifs à l’égard de l’immigration irrégulière ». Sánchez reconnaît dans son article qu’« aujourd’hui, peu de gouvernements sont favorables à la régularisation des migrants », mais affirme que son Exécutif a opté pour « une voie rapide et simple afin de régulariser leur situation migratoire ».

Les deux arguments du président : moral et démographique

Le président du gouvernement structure sa défense de la régularisation migratoire autour de deux piliers fondamentaux. Le premier est d’ordre moral et historique : « L’Espagne fut jadis une nation d’émigrants », affirme Sánchez, rappelant que des millions d’Espagnols ont émigré au XXᵉ siècle à la recherche de meilleures opportunités. « Aujourd’hui, la situation a changé », poursuit le texte, pour conclure qu’« il est de notre devoir de devenir la société accueillante et tolérante que nos propres proches auraient espéré trouver de l’autre côté de nos frontières ». Cette référence à la mémoire historique espagnole vise à relier la politique migratoire actuelle à l’expérience migratoire du pays sur plusieurs décennies.

Le second argument est, selon les termes mêmes de Sánchez, « purement pragmatique ». Le président soutient que « l’Occident a besoin de personnes » en raison du déclin démographique auquel sont confrontés la plupart des pays développés. « Aujourd’hui, peu d’entre eux affichent un taux de croissance démographique positif », explique l’article, qui détaille les conséquences d’un refus de l’immigration : « Ils connaîtront un déclin démographique marqué qui les empêchera de maintenir leurs économies et leurs services publics à flot. Leur produit intérieur brut stagnera. Leurs systèmes de santé publique et de retraites en pâtiront. » Le président écarte l’idée que la technologie puisse résoudre ce défi : « Ni l’intelligence artificielle ni les robots ne pourront éviter ce résultat, du moins à court ou moyen terme. »

Sánchez admet qu’« il ne sera pas facile » de gérer l’intégration des migrants et reconnaît que la migration entraîne « d’énormes défis qui doivent être reconnus et affrontés ». Il précise toutefois un point qu’il juge fondamental : « La plupart de ces défis n’ont rien à voir avec l’ethnie, la race, la religion ou la langue des migrants », mais relèvent de facteurs structurels tels que « la pauvreté, les inégalités, les marchés non régulés, les obstacles à l’accès à l’éducation et aux soins de santé ». Cette précision vise à déplacer le débat des questions identitaires vers des problématiques socio-économiques qui, selon le président, « constituent les véritables menaces pour notre mode de vie ».

Soutien social et critique des politiques MAGA

Le président du gouvernement souligne que la mesure de régularisation n’est pas une initiative isolée de son Exécutif, mais qu’elle bénéficie d’un large soutien social. Selon l’article, la proposition « est née d’une initiative citoyenne, soutenue par plus de 900 organisations non gouvernementales, y compris l’Église catholique, et bénéficie de l’appui d’associations patronales et de syndicats ». Sánchez cite également des données d’opinion publique : « Près de deux Espagnols sur trois estiment que la migration représente une opportunité ou une nécessité pour notre pays, selon une enquête récente. » Cette référence au soutien citoyen vise à contrer l’idée selon laquelle les politiques d’accueil seraient impopulaires dans les sociétés occidentales.

La tribune inclut une réponse directe aux critiques émanant de secteurs conservateurs, en particulier ceux alignés sur le mouvement MAGA (Make America Great Again, le slogan politique de Donald Trump). Face à ceux qui affirment que l’Espagne « ne peut pas supporter d’accueillir autant de migrants, qu’il s’agit d’une mesure suicidaire, de l’action désespérée d’un pays en déclin », Sánchez appelle les citoyens à « ne pas se laisser tromper ». Le président avance des données économiques pour étayer sa position : « L’Espagne est en plein essor » et « a été, pendant trois années consécutives, l’économie à la croissance la plus rapide » de l’Union européenne. Cette prospérité serait, selon lui, le résultat « du travail acharné des citoyens espagnols, de l’effort collectif de l’UE et d’un agenda inclusif qui considère les migrants comme des partenaires indispensables ».

L’Espagne comme modèle alternatif dans le contexte occidental

L’article de Sánchez établit un contraste politique explicite entre différents modèles de gestion migratoire en Occident. Sans mentionner directement Donald Trump ou d’autres dirigeants, le président espagnol fait référence à des « opérations illégales et cruelles » menées par ceux qui ont choisi de « pourchasser et expulser » les migrants. Cette allusion prend un relief particulier dans le contexte actuel, marqué par la mise en œuvre par l’administration Trump de politiques de déportations massives et de construction de barrières frontalières. Face à cette approche, Sánchez présente la régularisation espagnole comme une alternative fondée sur l’intégration ordonnée et la légalisation de situations irrégulières préexistantes.

Le président conclut sa tribune par un appel aux dirigeants occidentaux à « parler clairement à leurs citoyens » de la nécessité de l’immigration. Il pose une alternative qu’il juge décisive pour l’avenir des sociétés développées : « Nous devons choisir entre devenir des sociétés fermées et appauvries, ou des sociétés ouvertes et prospères. Croissance ou déclin : tel est le choix. » Cette formulation binaire vise à présenter la politique migratoire non comme une question idéologique, mais comme une décision pragmatique sur le modèle de développement économique et social que l’Occident souhaite construire dans les décennies à venir.

La publication de cette tribune dans The New York Times constitue un effort du gouvernement espagnol pour positionner sa politique migratoire sur la scène internationale comme un modèle alternatif à un moment de durcissement généralisé. Le choix du quotidien américain le plus influent n’est pas anodin : Sánchez cherche à établir un dialogue direct avec l’opinion publique et les élites politiques américaines, en présentant l’Espagne comme la preuve que les politiques d’accueil peuvent être compatibles avec la croissance économique et le soutien citoyen. L’impact réel de cette stratégie de communication dépendra de l’évolution concrète du processus de régularisation et de sa capacité à peser sur les débats migratoires qui dominent aujourd’hui l’agenda politique occidental.

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