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Espagne : le débat sur l’interdiction du burqa et du niqab s’invite au Congrès

16 février 2026 - 17:56
Affiche de Vox portant le slogan « Quelle Almería voulez-vous ? », opposant l’image d’une femme en burqa à celle d’une autre sans voile, en juillet 2025.

Le Parlement espagnol s’apprête à examiner une proposition de loi portée par le parti Vox visant à interdire le port du burqa et du niqab dans les espaces publics. Le texte, soutenu par le Parti populaire (PP), pourrait franchir une première étape parlementaire si d’autres formations, notamment Junts, choisissent de l’appuyer.

La proposition concerne le voile intégral couvrant le visage – burqa ou niqab – et ne vise pas le hijab, qui laisse le visage découvert. Les promoteurs du texte invoquent des arguments liés à la « dignité des femmes » et à la « sécurité dans l’espace public ». Le parti Vox défend également l’idée que la circulation de personnes au visage couvert poserait des problèmes d’identification et d’ordre public.

Le texte prévoit des sanctions financières pouvant aller jusqu’à 600 euros pour le port du voile intégral dans les lieux publics, avec des amendes plus lourdes en cas de récidive. Il introduit aussi des peines de prison pour toute personne qui imposerait, par contrainte ou intimidation, le port du burqa ou du niqab à une femme ou à une mineure. Par ailleurs, la proposition envisage des modifications de la législation sur la sécurité citoyenne et sur les étrangers, permettant l’expulsion d’un ressortissant étranger reconnu coupable d’infractions qualifiées de « très graves ».

Le Parti populaire, principale formation de droite, a confirmé son soutien à l’initiative, inscrivant cette position dans une ligne politique déjà défendue lors de son dernier congrès. Selon ses responsables, certaines pratiques seraient incompatibles avec les principes constitutionnels d’égalité et de liberté individuelle.

À gauche, les critiques dénoncent une instrumentalisation politique d’un phénomène marginal en Espagne. Les partis progressistes estiment que la question relève davantage des libertés individuelles que d’un enjeu sécuritaire majeur.

Le débat intervient dans un contexte politique marqué par la concurrence entre formations de droite sur les thèmes identitaires et migratoires, à l’approche d’échéances électorales régionales. Il oblige également d’autres partis, notamment en Catalogne, à clarifier leur position, alors que la question du voile intégral a déjà suscité des discussions dans certaines municipalités.

Pour une partie de l’opinion publique, le sujet renvoie à un équilibre délicat entre liberté religieuse, égalité femmes-hommes et cohésion sociale. En Espagne, pays marqué par une tradition laïque mais aussi par une diversité culturelle croissante, la question dépasse le simple cadre vestimentaire pour toucher aux principes constitutionnels et à la gestion du pluralisme.

Si la proposition est adoptée en première lecture, son parcours législatif dépendra des équilibres au sein de la Chambre basse, où les forces de gauche disposent d’une influence déterminante dans les instances décisionnelles.

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