La divulgation d’un nouveau code pénal afghan attribué aux autorités talibanes provoque une forte inquiétude internationale. Plusieurs dispositions révélées par le quotidien britannique The Telegraph sont perçues par de nombreuses organisations comme un recul majeur dans la protection juridique des femmes.
Selon ce document de soixante pages, la violence conjugale serait désormais classée dans la catégorie des peines dites « ta’zir », relevant du pouvoir discrétionnaire du juge, et non d’une infraction pénale clairement définie. Le texte indiquerait qu’un mari peut frapper son épouse tant que les coups ne provoquent ni fractures osseuses ni blessures ouvertes.
Même en cas de blessures graves, la sanction prévue ne dépasserait pas quinze jours d’emprisonnement. Pour déposer plainte, une femme devrait comparaître devant un juge masculin accompagnée d’un tuteur, une disposition jugée problématique par les observateurs, puisque ce tuteur peut être, dans certains cas, l’auteur des violences.
Des restrictions renforcées
Le code prévoirait également des peines contre les femmes quittant le domicile conjugal sans autorisation du mari, y compris lorsqu’elles cherchent à fuir des violences. Les membres de la famille qui les hébergent pourraient eux aussi être sanctionnés.
Ces mesures marqueraient une rupture avec la législation mise en place avant le retour des talibans au pouvoir en 2021, laquelle criminalisait notamment les mariages forcés et certaines formes de violences domestiques.
Le texte introduit par ailleurs des restrictions culturelles et sociales, notamment autour de certaines expressions artistiques, et prévoit des sanctions pour les critiques publiques visant les décisions des autorités.
Inquiétudes des défenseurs des droits humains
Plusieurs organisations internationales s’alarment de l’absence de garanties judiciaires explicites dans ce nouveau cadre légal. L’absence du droit à un avocat et le large pouvoir accordé aux juges soulèvent de nombreuses interrogations quant à l’équité des procédures.
Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont progressivement restreint la place des femmes dans la vie publique, limitant l’accès à l’éducation, au travail et à la mobilité. Le nouveau texte apparaît, pour nombre d’observateurs, comme une étape supplémentaire dans ce durcissement.
Une jeune Afghane citée par le journal britannique décrit une société dominée par la peur et le silence, estimant que la loi transforme le corps des femmes en « espace de contrôle ».
Un enjeu au-delà des frontières afghanes
Au-delà du cas afghan, ce nouveau code relance le débat international sur la compatibilité entre systèmes juridiques fondés sur des interprétations religieuses et normes universelles des droits humains. Tandis que les autorités talibanes défendent leur vision juridique, la communauté internationale continue d’observer avec inquiétude l’évolution de la situation.