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« Sīdna Ramadan » : pourquoi les Marocains restent profondément attachés au mois du jeûne ? — Entretien avec le penseur El Houssein Al-Mous (Agence Anadolu)

23 février 2026 - 17:04

 Dans un entretien accordé à l’Agence Anadolu, le penseur marocain El Houssein Al-Mous analyse les raisons historiques, spirituelles et sociales qui expliquent l’attachement singulier des Marocains au mois de Ramadan, souvent désigné dans le langage populaire par l’expression affective « Sīdna Ramadan ».

Selon Al-Mous, directeur de la Fondation Mouhit et du Centre Al-Maqasid pour les études et la recherche à Rabat, cet attachement plonge ses racines dans l’histoire même de l’État marocain islamique, depuis la dynastie idrisside jusqu’aux périodes almoravide et almohade. Le mois du jeûne s’est progressivement imposé comme un moment central de la vie religieuse et collective, marqué par des pratiques spirituelles et des rituels sociaux profondément ancrés.

Le penseur souligne que le Ramadan au Maroc dépasse le simple cadre de la pratique individuelle : il s’agit d’une « saison collective » où se renforcent les liens familiaux, la solidarité et la vie communautaire. Les repas de rupture du jeûne, la présence du neffar (veilleur nocturne) ou encore la dimension festive autour de la transmission religieuse aux enfants témoignent, selon lui, de cette spécificité culturelle.

Interrogé sur la question du respect du jeûne dans l’espace public, Al-Mous affirme que l’adhésion des Marocains au Ramadan repose avant tout sur la conviction et la spiritualité, et non sur la contrainte juridique. Il rappelle que les dispositions légales existantes visent surtout à préserver la sensibilité collective et l’ordre public, plutôt qu’à imposer la pratique religieuse.

L’entretien met également en lumière les particularités marocaines liées à ce mois sacré : adaptation des horaires de travail, retour à l’heure GMT durant Ramadan et organisation du temps social en fonction des pratiques cultuelles, autant d’éléments qui traduisent une articulation spécifique entre temporalité administrative et temporalité spirituelle.

Pour Al-Mous, le Ramadan constitue aussi un moment privilégié de transmission aux jeunes générations. Certaines traditions, comme l’initiation progressive des enfants au jeûne ou les célébrations marquant leur premier jour de Ramadan, jouent un rôle éducatif important en ancrant la pratique religieuse dans une dimension affective et sociale.

Enfin, le penseur insiste sur les défis contemporains liés au numérique et à l’intelligence artificielle. Il estime que les jeunes ont besoin d’un discours religieux adapté à leur univers digital, reposant sur des contenus clairs, accessibles et scientifiquement rigoureux. Les chercheurs et prédicateurs, affirme-t-il, doivent investir les espaces numériques afin d’accompagner une génération fortement connectée mais toujours attachée à son identité religieuse.

Pour El Houssein Al-Mous, le défi actuel consiste donc à conjuguer tradition et modernité : préserver la profondeur spirituelle du Ramadan tout en renouvelant les formes de transmission dans un monde dominé par les technologies numériques.

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