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Ls distributeurs de carburant accusés d’avoir profité de la crise pour relever les prix

17 mars 2026 - 12:23

Dans un contexte de forte hausse des prix des carburants au Maroc, la question d’éventuelles pratiques opportunistes dans le secteur refait surface. L’augmentation récente des prix – près de deux dirhams par litre pour le diesel et environ 1,40 dirham pour l’essence – a relancé le débat sur la régulation du marché et sur l’impact de ces fluctuations sur l’économie nationale et le pouvoir d’achat.

Dans un entretien accordé à alyaoum.24, Khalid Chennak, député et président de l’Association marocaine des propriétaires de stations-service (AMPS), estime que l’ampleur de la hausse a surpris les professionnels eux-mêmes. Selon lui, si les tensions internationales – notamment la guerre entre l’Iran et Israël et les inquiétudes autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite plus de 20 % du pétrole mondial – peuvent expliquer une pression sur les marchés, l’augmentation enregistrée au Maroc reste particulièrement élevée.

Le responsable professionnel rappelle que la législation marocaine impose aux sociétés pétrolières de disposer d’un stock de sécurité couvrant au moins 60 jours de consommation. Ce mécanisme est précisément conçu pour amortir les chocs liés aux crises internationales et éviter des hausses brusques des prix sur le marché national.

Dans ce contexte, plusieurs acteurs du secteur s’interrogent sur la rapidité avec laquelle les nouvelles hausses ont été répercutées sur les consommateurs. Selon Chennak, certaines entreprises disposant de stocks importants acquis à des prix antérieurs pourraient réaliser des marges très élevées à la faveur de l’augmentation soudaine des prix.

Il évoque l’hypothèse de bénéfices potentiels de plusieurs dizaines de milliards de centimes pour certaines sociétés selon le volume de leurs réserves. Pour lui, une hausse progressive – par exemple par paliers successifs – aurait permis d’atténuer l’impact sur les consommateurs et sur les professionnels du transport.

La crise a également provoqué des tensions dans l’approvisionnement de certaines stations-service. Plusieurs exploitants affirment avoir rencontré des difficultés pour obtenir des livraisons auprès des distributeurs dans les jours précédant l’application des nouveaux tarifs. Certains auraient vu leurs commandes retardées, ce qui a contribué à créer un climat d’incertitude sur le marché.

Cette situation a été accentuée par un phénomène classique dans ce type de contexte : un afflux de consommateurs vers les stations-service avant l’entrée en vigueur des nouveaux prix, ce qui a exercé une pression importante sur les stocks disponibles dans certaines stations.

Les exploitants soulignent par ailleurs leur position fragile dans la chaîne de distribution. Leur marge commerciale ne dépasserait généralement pas 40 centimes par litre, alors qu’ils doivent assumer des coûts fixes importants, notamment les salaires, les charges fiscales et les frais d’exploitation.

Face à ces tensions, plusieurs acteurs du secteur appellent à un renforcement de la régulation. Ils estiment que le Conseil de la concurrence, chargé de veiller au respect des règles de concurrence sur le marché, pourrait jouer un rôle clé dans l’examen d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles dans la distribution des carburants.

Au-delà de la polémique sur les prix, cette crise relance également un débat plus large sur la sécurité énergétique du Maroc. Fortement dépendant des importations de pétrole, le pays reste exposé aux chocs des marchés internationaux. Pour certains observateurs, la constitution de stocks stratégiques plus importants et la relance de capacités nationales de raffinage pourraient constituer des éléments essentiels pour réduire cette vulnérabilité à l’avenir.

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