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Pour un analyste américain, le Polisario s’inscrit dans la stratégie de mandataires de l’Iran

17 mars 2026 - 23:17

Tandis que la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran monopolise l’attention diplomatique et médiatique internationale, certains analystes américains invitent à élargir le regard. Dans une tribune publiée par la plateforme politique américaine Semafor, l’ancien envoyé spécial de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient Jason Greenblatt estime que la stratégie d’influence de Téhéran dépasse largement le théâtre militaire actuel et s’appuie, comme depuis des décennies, sur un réseau d’acteurs armés agissant par procuration.

Dans son analyse, Greenblatt rappelle que la République islamique a progressivement développé une méthode d’expansion indirecte consistant à soutenir des groupes non étatiques dans différentes régions du monde. Ces organisations émergent souvent comme des mouvements politiques ou séparatistes, mais finissent, selon lui, par se transformer en structures militarisées bénéficiant d’une assistance idéologique, logistique et financière venue d’Iran. Cette stratégie, observe-t-il, permet à Téhéran d’accroître son influence géopolitique sans avoir à s’engager directement dans des affrontements conventionnels.

L’ancien responsable américain souligne que ce schéma est déjà bien documenté au Moyen-Orient, notamment au Liban, au Yémen ou dans la bande de Gaza. Dans ces espaces, l’appui iranien à des groupes armés a contribué, selon lui, à remodeler les équilibres régionaux tout en compliquant la résolution des crises locales. Pour Greenblatt, ces précédents devraient inciter la communauté internationale à observer avec attention l’apparition de dynamiques similaires dans d’autres zones géographiques.

Dans cette perspective, il évoque le cas du Front Polisario, mouvement séparatiste impliqué dans le conflit du Sahara. Selon lui, plusieurs accusations formulées par le Maroc ces dernières années font état de liens entre ce mouvement et des acteurs proches de l’Iran, notamment le mouvement libanais Hezbollah. Rabat a à plusieurs reprises affirmé que ces réseaux auraient fourni formation et soutien logistique à des combattants du Polisario — des accusations qui ont contribué à tendre davantage les relations diplomatiques entre le Maroc et Téhéran.

Greenblatt note toutefois que les États-Unis ne classent pas officiellement le Polisario parmi les organisations terroristes étrangères. Dans la terminologie diplomatique américaine, il reste décrit comme un mouvement armé séparatiste engagé dans un différend territorial de longue durée. Mais, pour l’ancien émissaire de Washington, l’absence d’une telle désignation ne signifie pas que la dimension stratégique du phénomène doive être ignorée.

Selon lui, un rapprochement entre Téhéran et ce type d’acteurs pourrait offrir à l’Iran un nouveau point d’appui en Afrique du Nord. Une telle évolution permettrait à la République islamique d’exercer une pression indirecte sur le Maroc, pays considéré par Washington comme l’un de ses partenaires les plus stables dans la région. Dans cette lecture géopolitique, toute tentative de déstabilisation du royaume pourrait, par ricochet, affecter les intérêts stratégiques américains.

L’ancien diplomate estime que la communauté internationale a trop longtemps adopté une attitude de prudence — voire d’indifférence — face à la stratégie des mandataires iraniens. Cette approche, écrit-il, reposait sur l’espoir que les crises régionales resteraient confinées à des espaces limités. Or, les développements observés au Moyen-Orient au cours des dernières décennies montrent, selon lui, que ces réseaux finissent souvent par élargir l’arc d’instabilité bien au-delà de leur zone d’origine.

Dans le contexte actuel de tensions militaires croissantes autour de l’Iran, Greenblatt invite ainsi les décideurs internationaux à ne pas concentrer leur analyse uniquement sur les affrontements directs. La véritable dynamique stratégique, suggère-t-il, réside aussi dans la capacité de Téhéran à multiplier des relais régionaux capables d’exercer une influence politique et sécuritaire à distance.

Pour l’ancien envoyé de la Maison Blanche, ignorer ces mécanismes reviendrait à reproduire les erreurs du passé. « Le monde a trop souvent fermé les yeux sur la stratégie de procuration de l’Iran », avertit-il, estimant que la compréhension de ces réseaux constitue désormais un élément central pour anticiper les évolutions de la sécurité internationale.

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