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Atlantico Quotidiano : le Maroc redessine la géopolitique du détroit de Gibraltar

21 mai 2026 - 18:34

Dans une analyse remarquée publiée par le quotidien italien Atlantico Quotidiano, le journaliste Costantino Pistilli estime que le Maroc est en train de transformer profondément les équilibres logistiques et géopolitiques du détroit de Gibraltar grâce à une stratégie portuaire ambitieuse articulée autour de Tanger Med, Nador West Med et Dakhla Atlantique. Une lecture européenne qui confirme la montée en puissance maritime et stratégique du Royaume.

Le regard vient cette fois d’Italie. Et il est particulièrement révélateur de la manière dont plusieurs observateurs européens perçoivent désormais la montée en puissance du Maroc dans l’espace méditerranéen et atlantique.

Dans une longue analyse publiée par le quotidien italien Atlantico Quotidiano, le journaliste Costantino Pistilli affirme que le Royaume « redéfinit les équilibres logistiques et, dans une certaine mesure, géopolitiques du détroit de Gibraltar grâce au développement de ses infrastructures portuaires ».

L’article part d’un constat simple mais stratégique : comme le détroit d’Ormuz au Moyen-Orient, le détroit de Gibraltar est devenu un espace décisif pour le commerce mondial. Près de 10 % du trafic maritime international y transite chaque année, avec environ 100.000 navires empruntant cette route reliant Atlantique et Méditerranée.

Dans cette bataille silencieuse des flux commerciaux, le Maroc apparaît désormais comme un acteur central.

Le quotidien italien identifie Tanger Med comme le principal symbole de cette transformation. Inauguré en 2007 puis progressivement agrandi, le complexe portuaire marocain a profondément modifié les hiérarchies logistiques régionales.

Selon les chiffres cités par Atlantico Quotidiano, Tanger Med a traité en 2024 plus de 10,24 millions de conteneurs, contre 4,7 millions pour le port espagnol d’Algésiras.

Ce basculement dépasse largement la simple compétition économique entre ports voisins. Il traduit un déplacement progressif du centre de gravité logistique vers la rive sud du détroit.

Pendant des décennies, les grandes infrastructures européennes dominaient sans partage les routes maritimes méditerranéennes. Aujourd’hui, le Maroc impose progressivement un modèle fondé sur la compétitivité, l’efficacité logistique, les infrastructures modernes et une vision stratégique de long terme.

Mais l’analyse italienne souligne surtout que Rabat ne construit pas uniquement des ports : le Royaume construit une véritable architecture d’influence.

Le projet Nador West Med, développé sur la façade méditerranéenne orientale du pays, illustre parfaitement cette logique. Pensé comme un hub industriel, énergétique et logistique, il doit permettre au Maroc d’accroître encore davantage son contrôle sur les flux commerciaux longeant la rive sud du détroit.

Le quotidien italien note d’ailleurs que la proximité géographique de Nador avec Melilla et de Tanger Med avec Ceuta renforce « l’importance stratégique globale » de ces infrastructures dans le système régional.

Plus au sud, le futur port de Dakhla Atlantique ouvre une autre dimension géopolitique.

Le projet révèle clairement la volonté du Maroc de se projeter au-delà du seul espace méditerranéen. Dakhla Atlantique est conçu comme un hub tourné vers l’Afrique de l’Ouest, le golfe de Guinée et les Amériques, dans le cadre d’une stratégie plus large de consolidation de la façade atlantique africaine du Royaume.

L’article insiste d’ailleurs sur la portée géopolitique croissante du contrôle des axes portuaires et des flux commerciaux le long de la côte atlantique africaine, devenu « un élément de plus en plus central dans la compétition internationale ».

Cette lecture italienne est intéressante parce qu’elle confirme un changement profond dans la perception du Maroc en Europe.

Le Royaume n’est plus seulement considéré comme un partenaire régional ou un espace de transit entre continents. Il apparaît désormais comme une puissance logistique émergente capable d’influencer directement les routes commerciales mondiales, les chaînes énergétiques et les équilibres méditerranéens.

Le journal relie également cette dynamique maritime à l’activisme diplomatique croissant de Rabat, depuis les Accords d’Abraham jusqu’au repositionnement du Royaume au Sahel après le recul progressif de certaines puissances européennes dans la région.

Dans le monde contemporain, la puissance ne se mesure plus uniquement par les capacités militaires classiques. Elle se joue aussi dans les ports, les corridors logistiques, les hubs énergétiques et le contrôle des flux.

Et dans cette compétition mondiale des infrastructures stratégiques, le Maroc semble désormais décidé à transformer sa position géographique en véritable levier géopolitique.

Extraits du quotidien italien :

« Le Royaume du Maroc redéfinit les équilibres logistiques et, dans une certaine mesure, géopolitiques du détroit de Gibraltar grâce au développement de ses infrastructures portuaires. »

« Tanger Med a désormais dépassé les terminaux espagnols en matière de trafic de conteneurs. »

« Le contrôle des axes portuaires et des flux commerciaux devient un élément de plus en plus central dans la compétition internationale. »

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