Le groupe japonais SoftBank a enregistré vendredi une nouvelle envolée spectaculaire à la Bourse de Tokyo, porté par les projets d’introduction en Bourse d’OpenAI et par l’euphorie grandissante autour de l’intelligence artificielle. En deux séances seulement, le conglomérat dirigé par Masayoshi Son a gagné près de 30 % en capitalisation, confirmant que l’IA est désormais bien plus qu’une révolution technologique : elle devient un moteur financier, industriel et géopolitique mondial.
L’intelligence artificielle est en train de transformer profondément les marchés financiers mondiaux. Ce qui relevait encore récemment de la spéculation technologique est désormais devenu une nouvelle matrice du capitalisme international, mêlant infrastructures énergétiques, centres de données, semi-conducteurs, souveraineté numérique et rivalités géopolitiques. La flambée spectaculaire enregistrée cette semaine par SoftBank à la Bourse de Tokyo illustre parfaitement cette mutation.
Vendredi, le titre du géant japonais a progressé de 11,89 %, après avoir déjà bondi de près de 20 % lors de la séance précédente. En seulement deux jours, le groupe fondé par Masayoshi Son a vu sa valorisation progresser de plusieurs dizaines de milliards de dollars. À l’origine de cette euphorie : les informations publiées par The Wall Street Journal annonçant l’accélération des préparatifs d’introduction en Bourse d’OpenAI, la société créatrice de ChatGPT.
Selon plusieurs médias économiques américains, OpenAI préparerait actuellement un dépôt confidentiel auprès des autorités boursières américaines avec l’appui de Goldman Sachs et Morgan Stanley, en vue d’une entrée sur les marchés financiers dès le mois de septembre. L’opération pourrait devenir l’une des plus importantes introductions technologiques de l’histoire récente, avec une valorisation potentielle dépassant largement les 800 milliards de dollars.
Dans cette nouvelle ruée vers l’intelligence artificielle, SoftBank apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires. Le groupe japonais a massivement investi ces derniers mois dans OpenAI ainsi que dans tout l’écosystème lié aux infrastructures de calcul avancé, aux centres de données et aux semi-conducteurs destinés à alimenter les futurs modèles d’IA générative. Certaines estimations avancent désormais que la participation de SoftBank dans OpenAI pourrait atteindre une valeur proche de 80 milliards de dollars.
Mais derrière cette spéculation financière se dessine surtout une transformation beaucoup plus profonde du modèle économique mondial. L’intelligence artificielle cesse progressivement d’être un simple secteur technologique pour devenir une infrastructure stratégique comparable à ce qu’ont représenté autrefois le pétrole, l’électricité ou Internet. Les États, les fonds d’investissement et les grandes entreprises se livrent désormais une compétition mondiale pour contrôler les capacités de calcul, les réseaux énergétiques et les infrastructures numériques nécessaires à cette nouvelle économie algorithmique.
SoftBank tente précisément de se positionner au cœur de cette architecture mondiale émergente. Le groupe ne mise plus uniquement sur des applications ou des plateformes numériques. Il investit dans toute la chaîne matérielle de l’IA : puces électroniques, centres de données géants, production énergétique et systèmes de calcul à très haute intensité. Sa filiale SB Energy prépare elle aussi une future introduction en Bourse aux États-Unis, tandis que plusieurs projets de méga-infrastructures liés à l’IA se développent actuellement autour du groupe japonais.
Cette dynamique marque également le retour spectaculaire de Masayoshi Son au premier plan de la finance mondiale. Longtemps fragilisé par les échecs retentissants du Vision Fund et du dossier WeWork, le milliardaire japonais semble aujourd’hui redevenir l’un des grands symboles de la nouvelle révolution technologique mondiale. Le marché paraît désormais considérer ses paris massifs sur l’intelligence artificielle comme visionnaires plutôt qu’excessivement risqués.
Pour autant, plusieurs signaux de prudence commencent déjà à émerger. OpenAI continue d’enregistrer d’importantes pertes opérationnelles en raison des coûts gigantesques liés à l’entraînement de ses modèles et à l’expansion de ses infrastructures. La concurrence avec Google, Anthropic, xAI ou encore Meta devient par ailleurs de plus en plus intense. Sur plusieurs forums financiers américains, certains analystes commencent même à évoquer les risques d’une nouvelle bulle spéculative alimentée par des valorisations extrêmement élevées et des anticipations parfois déconnectées des bénéfices réels.
Mais pour l’instant, les marchés semblent avoir choisi leur récit : celui d’une intelligence artificielle appelée à remodeler l’économie mondiale au même titre que les grandes révolutions industrielles du passé. Et dans cette nouvelle bataille financière et technologique planétaire, SoftBank apparaît aujourd’hui comme l’un des acteurs les mieux placés pour profiter de cette mutation historique.