La polémique prend une ampleur grandissante dans le paysage culturel français. La chaîne Canal+ fait désormais l’objet d’une plainte déposée par la CGT Spectacle et la Ligue des droits de l’homme (LDH), après les déclarations controversées de son président, Maxime Saada, visant des acteurs et réalisateurs ayant critiqué le milliardaire Vincent Bolloré.
L’affaire éclate en pleine clôture du Festival de Cannes, devenu cette année le théâtre d’un affrontement politique et culturel autour de l’influence grandissante de Bolloré dans les médias et le cinéma français.
À l’origine de la controverse, une tribune publiée le 11 mai dans le quotidien français Libération, intitulée « Zapper Bolloré », signée initialement par plus de 600 professionnels du cinéma avant de rallier près de 3.800 soutiens, parmi lesquels plusieurs figures majeures du cinéma français et international, comme Juliette Binoche, Adèle Haenel, Javier Bardem ou encore Ken Loach.
Les signataires dénoncent ce qu’ils considèrent comme une concentration inquiétante des médias et des industries culturelles autour de Vincent Bolloré, principal actionnaire du groupe Vivendi, propriétaire notamment de Canal+, CNews, Europe 1, du Journal du Dimanche et du groupe éditorial Louis Hachette. Plusieurs voix accusent l’homme d’affaires d’utiliser son empire médiatique pour promouvoir une ligne idéologique ultraconservatrice et nationaliste.
La tension est montée d’un cran lorsque Maxime Saada, lors d’une intervention à Cannes, a déclaré ne plus souhaiter que Canal+ « travaille avec les personnes ayant signé cette tribune ». Une prise de position interprétée comme une menace de blacklistage dans une industrie où Canal+ joue un rôle central dans le financement du cinéma français, avec environ 160 millions d’euros investis chaque année dans la production cinématographique.
Dans leur plainte, la CGT et la LDH dénoncent « un appel brutal et inacceptable à la discrimination fondée sur des opinions politiques et syndicales », estimant que ces déclarations constituent une tentative d’intimidation visant à faire taire les critiques contre le groupe Bolloré.
Le collectif « Zapper Bolloré » considère, de son côté, que les propos de Saada confirment précisément les craintes exprimées dans la tribune : celles d’une remise en cause progressive de la liberté de création et du pluralisme culturel sous l’influence du milliardaire breton.
La polémique réactive également plusieurs controverses passées autour de Canal+ et de Vincent Bolloré. Depuis sa prise de contrôle du groupe Vivendi au milieu des années 2010, Bolloré a souvent été accusé d’interventions éditoriales et de pressions internes. Le licenciement de l’humoriste Sébastien Thoen en 2020, après un sketch parodiant une émission de CNews, puis celui du journaliste sportif Stéphane Guy pour lui avoir apporté son soutien, avaient déjà suscité des accusations d’atteinte à la liberté d’expression au sein du groupe.
Dans le monde du cinéma français, plusieurs organisations professionnelles et personnalités redoutent désormais une forme de dépendance économique et idéologique vis-à-vis de Canal+, premier financeur privé du septième art en France. Certains réclament déjà une réflexion sur de nouveaux modèles de financement afin de préserver l’indépendance de la création culturelle.