Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a dévoilé un nouveau gouvernement marqué par l’absence du parti Pastef, dirigé par son ancien allié Ousmane Sonko. Cette recomposition politique intervient quelques jours après la révocation de Sonko du poste de Premier ministre et confirme la rupture entre les deux figures qui avaient porté ensemble l’alternance en 2024.
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a constitué un nouveau gouvernement sans représentants du parti Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), fondé par Ousmane Sonko et principal moteur de la victoire présidentielle de 2024.
L’annonce marque une nouvelle étape dans la crise politique qui oppose depuis plusieurs mois les deux hommes, longtemps considérés comme les visages complémentaires du renouveau politique sénégalais.
Quelques heures avant la publication de la liste gouvernementale, Ousmane Sonko avait lui-même confirmé que Pastef ne participerait pas au nouvel exécutif à l’issue d’une rencontre avec le chef de l’État.
Dans un message adressé aux militants de son parti, l’ancien Premier ministre a expliqué que les discussions avec la présidence avaient mis en évidence des divergences importantes concernant « la place et le rôle de la majorité dans le pouvoir exécutif ».
Selon Sonko, plusieurs propositions ont été soumises au président après consultation des instances dirigeantes de Pastef, mais elles n’ont pas reçu de réponse favorable. Le parti a donc décidé de ne pas intégrer le gouvernement et de ne présenter aucun ministre dans la nouvelle équipe.
Quelques heures plus tard, le nouveau Premier ministre, l’économiste Ahmadou Al Aminou Lo, a dévoilé un gouvernement de trente membres nommé par décret présidentiel.
Parmi les principales figures maintenues figurent Cheikh Niang, reconduit au ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, ainsi que Cheikh Diba, qui conserve le portefeuille de l’Économie, des Finances et de la Planification.
Cette recomposition intervient alors qu’Ousmane Sonko vient d’être élu président de l’Assemblée nationale, devenant ainsi la deuxième personnalité de l’État. Une position institutionnelle qui lui offre une importante capacité d’influence sur la vie politique du pays.
Malgré les spéculations sur une possible confrontation avec le chef de l’État, Sonko a affirmé que le Parlement ne deviendrait pas « un instrument de règlements de comptes personnels ».
L’évolution des relations entre les deux dirigeants est suivie avec attention au Sénégal. Arrivés ensemble au pouvoir en 2024 après une campagne fondée sur la rupture avec les élites traditionnelles, ils incarnaient alors l’espoir d’une nouvelle génération politique.
Leur alliance reposait sur une histoire commune. Ousmane Sonko, empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison d’une condamnation judiciaire, avait soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye, alors peu connu du grand public. Ce dernier avait remporté le scrutin dès le premier tour après sa libération, quelques jours auparavant, dans le cadre d’une amnistie destinée à apaiser les tensions politiques.
Fondé en 2014, Pastef s’est imposé en une décennie comme l’une des principales forces politiques du pays, notamment grâce à la popularité de Sonko auprès de la jeunesse et à son discours souverainiste, critique à l’égard du système politique traditionnel et de l’influence française en Afrique de l’Ouest.
La mise à l’écart du parti du gouvernement ouvre désormais une nouvelle séquence politique au Sénégal et soulève des interrogations sur l’équilibre futur des pouvoirs entre la présidence, le gouvernement et l’Assemblée nationale.