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Génétique, satellites et banques de semences : les nouvelles armes de l’Afrique contre la déforestation

05 juin 2026 - 12:06

Face à l’avancée de la déforestation, à la dégradation des sols et aux effets du changement climatique, la recherche scientifique mise sur de nouveaux outils pour protéger les écosystèmes africains. À Nairobi, le Centre mondial d’agroforesterie (CIFOR-ICRAF) conserve des centaines d’espèces d’arbres, surveille la santé des sols grâce aux satellites et développe des programmes destinés à renforcer la sécurité alimentaire de millions de personnes.

À l’ombre de la forêt de Karura, au nord de Nairobi, se trouve l’une des infrastructures scientifiques les plus stratégiques du continent africain. Le Centre mondial d’agroforesterie (ICRAF), aujourd’hui intégré à l’alliance CIFOR-ICRAF, y conserve l’une des plus importantes collections mondiales de semences d’arbres tropicaux, avec 248 espèces destinées à la recherche, à la restauration des paysages et à la sécurité alimentaire.

Pour les chercheurs, ces ressources génétiques constituent une assurance pour l’avenir. Certaines espèces, comme Faidherbia albida, sont déjà utilisées dans plusieurs pays africains pour améliorer la fertilité des sols, limiter l’érosion et accroître les rendements agricoles grâce à leur capacité à fixer l’azote. L’agroforesterie permet ainsi d’associer arbres et cultures afin de produire davantage tout en réduisant la pression sur les forêts naturelles.

Cette approche intervient dans un contexte préoccupant. Selon le dernier Global Forest Goals Report 2026 des Nations unies, la superficie forestière mondiale a diminué de plus de 40 millions d’hectares entre 2015 et 2025, malgré les engagements internationaux visant à stopper la déforestation d’ici à 2030.

L’Afrique est particulièrement concernée. L’expansion agricole, l’exploitation du bois de chauffage, la pression démographique et les effets du changement climatique continuent d’accélérer la dégradation des terres dans plusieurs régions du continent. Les zones sahéliennes et les espaces situés entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale figurent parmi les plus vulnérables.

Pour répondre à ces défis, les chercheurs ne se contentent plus de conserver des graines. Les technologies spatiales jouent désormais un rôle central. Grâce aux images satellitaires et à des protocoles de surveillance des sols, les scientifiques de CIFOR-ICRAF peuvent suivre l’évolution de la fertilité des terres, mesurer les stocks de carbone, identifier les zones dégradées et anticiper les risques liés à la désertification.

Ces données sont croisées avec des analyses de terrain permettant d’évaluer la teneur des sols en matière organique, en azote ou en carbone. L’objectif est de fournir aux gouvernements et aux agriculteurs des outils d’aide à la décision capables de restaurer les écosystèmes tout en améliorant la production alimentaire.

Les chercheurs soulignent également le rôle stratégique des arbres dans l’adaptation climatique. Les cernes de croissance, les caractéristiques génétiques et les réponses physiologiques des espèces permettent de reconstituer l’historique des sécheresses, des incendies ou des épisodes climatiques extrêmes sur plusieurs décennies, voire plusieurs siècles.

Au-delà de la recherche, les programmes agroforestiers soutenus par CIFOR-ICRAF sont déjà déployés dans une trentaine de pays africains, y compris dans certaines régions fragilisées par l’insécurité ou les conflits. L’objectif est double : restaurer les paysages dégradés et renforcer la résilience des communautés rurales face aux chocs climatiques et économiques.

Dans un continent où la croissance démographique et les besoins alimentaires augmentent rapidement, la bataille contre la déforestation ne se joue plus uniquement dans les forêts. Elle se joue aussi dans les laboratoires, les banques de semences et les centres de surveillance par satellite, où se dessinent les modèles agricoles de demain.

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