Malgré des indicateurs macroéconomiques en amélioration, une grande partie des ménages marocains estime que leur niveau de vie continue de se dégrader. Ce décalage entre les performances affichées de l’économie et le ressenti des citoyens est au cœur d’une récente analyse publiée par le Centre Omega pour les recherches économiques et géopolitiques.
Réalisée par l’expert international en planification stratégique Amine Sami, l’étude souligne que le véritable défi ne réside plus uniquement dans la croissance économique, mais dans sa capacité à se traduire par une amélioration concrète du pouvoir d’achat, des revenus des ménages et de l’emploi.
L’analyse s’appuie sur les comptes régionaux de 2024 publiés par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), ainsi que sur les résultats de l’enquête de conjoncture auprès des ménages réalisée au deuxième trimestre 2026.
Selon ces données, l’économie marocaine a enregistré une croissance réelle de 4,4 % en 2024. Toutefois, cette dynamique demeure fortement concentrée dans un nombre limité de régions.
En effet, trois régions seulement génèrent 58,4 % du produit intérieur brut national. La région de Casablanca-Settat arrive en tête avec 32,3 %, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (15,5 %) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (10,7 %).
À l’inverse, les trois régions du Sud, auxquelles s’ajoute Drâa-Tafilalet, ne représentent ensemble que 7,8 % du PIB national, malgré des rythmes de croissance parfois soutenus. Cette situation illustre la persistance d’importantes disparités territoriales dans la création et la répartition des richesses.
Sur le plan social, les résultats de l’enquête du HCP mettent en évidence un climat de pessimisme. 78,3 % des ménages déclarent que leur niveau de vie s’est détérioré au cours des douze derniers mois, tandis que seuls 5,2 % anticipent une amélioration de leur situation. Par ailleurs, 51 % des familles interrogées estiment que les conditions de vie pourraient continuer à se dégrader dans les mois à venir.
Pour les auteurs de l’étude, ces chiffres montrent que la croissance économique, bien qu’encourageante sur le plan statistique, ne produit pas encore des effets suffisamment perceptibles sur le quotidien des citoyens. Ils plaident ainsi pour des politiques publiques davantage orientées vers une croissance inclusive, créatrice d’emplois durables et de revenus mieux répartis entre les régions et les différentes catégories de la population.