Le professeur marocain Allal Boutajangout, chercheur aux départements de neurologie et de neurosciences de la NYU Grossman School of Medicine.
Le chercheur marocain Allal Boutajangout occupe une place centrale dans une étude de l’Université de New York ouvrant de nouvelles perspectives pour la détection précoce de la maladie d’Alzheimer. Grâce à l’analyse de plusieurs biomarqueurs sanguins, ces travaux pourraient contribuer à repérer les processus pathologiques associés à la maladie plusieurs années avant l’apparition d’une démence cliniquement manifeste.
La recherche marocaine s’illustre au plus haut niveau dans un domaine qui représente l’un des grands défis médicaux du siècle. Allal Boutajangout, professeur de recherche en neurologie et en neurosciences à la Grossman School of Medicine de l’Université de New York, a dirigé avec Thomas Wisniewski une étude prometteuse sur le dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer.
Publiés en mai 2026 dans la revue scientifique Alzheimer’s & Dementia, les travaux portent sur l’utilisation de biomarqueurs présents dans le sang pour détecter les modifications cérébrales associées à cette maladie neurodégénérative.
La contribution du scientifique marocain ne relève pas d’une participation secondaire. Allal Boutajangout figure comme premier signataire et auteur de correspondance de l’étude scientifique, une position qui atteste de son rôle central dans la conduite et la valorisation de la recherche.
Une étude menée auprès de 191 participants
Les chercheurs ont suivi 191 personnes se trouvant à différents stades précédant la démence. L’échantillon comprenait 66 participants ne présentant aucun trouble cognitif, 100 personnes faisant état d’un déclin cognitif subjectif et 25 patients atteints d’un déficit cognitif léger.
Le déclin cognitif subjectif correspond à une situation dans laquelle une personne remarque une diminution de ses capacités de mémoire, alors que les examens cliniques classiques ne détectent pas encore d’altération significative.
L’équipe a analysé plusieurs biomarqueurs plasmatiques, notamment les protéines bêta-amyloïde et tau phosphorylée, ainsi que le GFAP, le neurofilament à chaîne légère et différents marqueurs liés à l’inflammation et au fonctionnement de la barrière hématoencéphalique.
Les résultats sanguins ont ensuite été comparés aux images cérébrales obtenues par tomographie par émission de positons, ou PET scan. Cet examen permet de visualiser l’accumulation anormale des protéines amyloïde et tau, deux des principales caractéristiques biologiques de la maladie d’Alzheimer.
L’étude a mis en évidence des associations significatives entre plusieurs biomarqueurs sanguins et les dépôts observés dans le cerveau. Les niveaux de pTau181 et le rapport pTau181/Aβ42 étaient notamment associés à la charge amyloïde détectée par imagerie.
Ces résultats renforcent l’hypothèse selon laquelle une analyse sanguine pourrait devenir un outil de première intention pour repérer les personnes présentant un risque élevé et déterminer celles qui doivent bénéficier d’examens plus approfondis.
Des signes détectables jusqu’à dix ans plus tôt
Dans un entretien accordé à la MAP, Allal Boutajangout a expliqué que certains biomarqueurs peuvent révéler les premiers processus pathologiques de la maladie huit à dix ans avant l’apparition des signes cliniques majeurs.
Durant cette période silencieuse, les lésions cérébrales commencent à se développer sans provoquer nécessairement de symptômes suffisamment visibles pour permettre un diagnostic conventionnel.
Une détection plus précoce pourrait ainsi ouvrir une fenêtre d’intervention avant l’installation d’une démence manifeste. Elle permettrait également de mieux sélectionner les patients susceptibles de bénéficier de traitements visant à ralentir la progression de la maladie.
L’objectif n’est pas seulement de diagnostiquer plus tôt, mais de passer progressivement d’une médecine intervenant après l’apparition des symptômes à une stratégie davantage préventive et personnalisée.
Une solution potentiellement plus accessible
L’intérêt de cette approche réside aussi dans son coût et sa simplicité. Les examens PET restent onéreux et peu accessibles à grande échelle, tandis que l’analyse du liquide céphalo-rachidien nécessite une ponction lombaire, procédure plus invasive.
Une analyse sanguine pourrait, à terme, être intégrée plus facilement aux systèmes de santé et aux campagnes de dépistage. Les examens complexes seraient alors réservés à la confirmation des cas jugés suspects.
Cette perspective présente un intérêt particulier pour le Maroc et les autres pays où l’accès aux technologies avancées d’imagerie médicale demeure inégal. Le développement de tests moins coûteux pourrait améliorer le repérage des patients et faciliter leur orientation vers des structures spécialisées.
Une promesse scientifique à confirmer
Les résultats ne signifient toutefois pas qu’un test sanguin définitif est déjà disponible pour diagnostiquer individuellement la maladie plusieurs années à l’avance.
L’étude établit des corrélations entre plusieurs biomarqueurs sanguins et les anomalies observées par imagerie cérébrale. Des recherches longitudinales portant sur des populations plus nombreuses et diversifiées restent nécessaires pour déterminer la précision du dispositif, ses conditions d’utilisation et sa capacité à prédire l’évolution de chaque patient.
Cette prudence ne diminue pas la portée de l’avancée. Elle permet de distinguer une piste scientifique particulièrement prometteuse d’un outil clinique déjà généralisable.
Au-delà de ses implications médicales, cette étude met en lumière l’apport des compétences marocaines établies à l’étranger. Le parcours d’Allal Boutajangout illustre la capacité des scientifiques marocains de la diaspora à occuper des positions de premier plan dans les grands centres internationaux de recherche.
Pour le Royaume, cette réussite pose également la question de la mobilisation de cette expertise afin de développer des collaborations, de former de jeunes chercheurs et de renforcer la recherche nationale sur les maladies neurodégénératives. Le défi sera de transformer ces réussites individuelles en passerelles scientifiques durables entre le Maroc et les institutions internationales.