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Maroc/Catalogne: 92 millions d'euros pour Tanger.

10 juillet 2025 - 16:23
Jaume Duch en rencontre avec les représentants espagnols et européens du corridor méditerranéen

Depuis la ville du Détroit, le ministre catalan des Affaires européennes et extérieures, Jaume Duch, a annoncé un nouveau financement de 8 millions d’euros destiné à renforcer le Plan annuel de coopération et de développement de la Catalogne.

Avec cette rallonge, le budget total atteint près de 92 millions d’euros, un record pour la Generalitat. Selon les autorités catalanes, cet argent servira principalement à financer des projets de « développement féministe » et de « défense des droits humains » dans plusieurs pays du Sud, dont le Maroc figure parmi les bénéficiaires.

Mais au-delà de l’annonce, que disent les chiffres ? Le communiqué du Département catalan de l’Union européenne et de l’Action extérieure précise que :

  • 15 millions d’euros sont consacrés à la « sensibilisation sociale » sur les questions de développement et de droits humains.

  • 3,2 millions vont au soutien général d’ONG et d’autres entités privées.

  • 8,2 millions sont alloués à la rémunération du personnel engagé dans ces projets.

  • 87.000 euros seulement, soit moins de 1 % du budget, sont destinés aux bourses d’études et à la recherche dans les pays bénéficiaires.

Cette répartition soulève des questions. Car si l’objectif est de renforcer les capacités locales, pourquoi la part dédiée à l’éducation, à la recherche et à la formation reste-t-elle si faible ?

À Tanger, Jaume Duch a insisté sur « l’engagement de la Catalogne en faveur de la démocratie et des droits humains ». Il a également salué la « coopération féministe » comme un axe prioritaire. Pourtant, certains observateurs soulignent que ces initiatives servent aussi à renforcer l’image progressiste du gouvernement catalan à Bruxelles et dans les institutions européennes.

De plus, cette politique de coopération s’inscrit dans la stratégie catalane de diversification de ses relations extérieures, en cherchant des liens directs avec des pays comme le Maroc, indépendamment de la diplomatie de Madrid. Une stratégie assumée, mais qui reste perçue, côté marocain, comme un instrument de projection politique autant qu’un programme d’aide.

Pendant ce temps, Tanger poursuit sa transformation, attirant des investissements directs, développant ses infrastructures et consolidant sa place comme hub logistique et industriel de premier plan. Les priorités marocaines restent orientées vers l’éducation, la formation professionnelle et l’employabilité des jeunes, domaines qui reçoivent peu de fonds directs de cette coopération catalane.

Finalement, la question reste ouverte : S’agit-il d’une coopération véritablement orientée vers le développement durable du Maroc, ou d’un outil de communication internationale pour la Catalogne ? Une interrogation légitime à l’heure où chaque euro de l’aide publique au développement devrait contribuer directement à la formation et à l’avenir des sociétés bénéficiaires.

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