Le chef d’état-major de la Défense espagnole (JEMAD), l’amiral général Teodoro Esteban López Calderón, a déclaré ce jeudi qu’une éventuelle invasion de Ceuta et Melilla par le Maroc « n’est pas envisagée ». Lors d’une rencontre organisée par Nueva Economía Fórum à Madrid, il a reconnu que Rabat revendique ces deux villes, mais a minimisé tout risque militaire : « Il y a une revendication, mais aucune indication qui permette de penser qu’il y aura une invasion », a-t-il affirmé.
López Calderón a précisé que cette hypothèse « n’est pas à l’ordre du jour » dans la planification stratégique espagnole. Pour lui, les préoccupations sécuritaires se concentrent ailleurs, notamment sur la présence militaire croissante de la Russie dans le Sahel. « La Russie n’a pas de capacités pour un grand conflit de haute intensité, mais elle peut déstabiliser certaines zones stratégiques comme le Sahel, en manipulant l’immigration illégale ou le narcotrafic », a-t-il ajouté.
Le JEMAD a rappelé que la dernière doctrine stratégique de l’OTAN identifie deux menaces prioritaires : la Russie et le terrorisme venu du flanc sud. « Le flanc sud est hors de la zone euro-atlantique, mais l’Alliance y projette de la stabilité, qui doit cependant être acceptée par les pays de la région », a-t-il expliqué, soulignant l’importance d’une approche coopérative.
Sur le plan interne, López Calderón a évoqué l’augmentation du budget de la Défense espagnole, qu’il qualifie de « considérable ». Selon lui, « en utilisant correctement ces ressources financières, le renforcement des capacités des Forces armées espagnoles sera très important d’ici quinze ans ».
Ces déclarations interviennent alors que le gouvernement espagnol multiplie les signaux d’apaisement envers Rabat tout en maintenant ses positions. Pour le Maroc, Ceuta et Melilla restent des dossiers historiques, intégrés dans son discours diplomatique sur l’unité territoriale. L’Espagne, de son côté, s’efforce de rassurer son opinion publique et ses partenaires européens, en pleine recomposition des équilibres stratégiques au Maghreb et au Sahel.