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Gaza : l’appel de Dominique de Villepin contre « l’aveuglement volontaire »

09 août 2025 - 20:55
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, appelle à nommer le génocide de Gaza et à rompre le silence international

Dans une tribune publiée par Le Monde, l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin brise un tabou politique en qualifiant de « génocide » ce qui se déroule à Gaza. Un texte qui interpelle la conscience universelle et dénonce la complicité passive des États face à la destruction d’un peuple.

« À Gaza, sous nos yeux, c’est bien un génocide qui se déroule », écrit Dominique de Villepin. Dans cette phrase, sobre mais implacable, se concentre l’essentiel de son plaidoyer : nommer l’innommable, rompre le silence, et agir avant que l’histoire ne nous juge. L’ancien chef du gouvernement français s’inscrit ainsi dans une lignée de voix rares, y compris en Israël, qui osent briser la chape de plomb — celle qu’imposent à la fois la peur de l’accusation d’antisémitisme et la realpolitik des alliances stratégiques.

Villepin, qui fut diplomate et ministre des Affaires étrangères, connaît les poids et contrepoids de la scène internationale. Son texte, paru au moment où l’on commémore le massacre de Srebrenica de juillet 1995, établit un parallèle direct : « Je comprends désormais comment ce qui me semblait impossible hier est possible aujourd’hui. Le silence, l’aveuglement volontaire, la paralysie morale… sont les conditions mêmes par lesquelles le génocide est possible. »

Ce qui frappe dans cette tribune, c’est la précision de l’accusation : « Toutes ces formes de mort convergent dans un seul lieu, sous l’effet d’une intention claire. » Une intention « annoncée, clamée, revendiquée » par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou et « assumée avec la complicité de l’administration américaine et la passivité des États européens ». Pour Villepin, le projet est limpide : effacer un peuple en assimilant chaque Palestinien, chaque enfant, à l’ennemi terroriste du 7 octobre.

 Attachée aux droits humains universels, la présente analyse ne peut ignorer la gravité des propos de Dominique de Villepin, qui désigne sans détour la tragédie de Gaza comme un génocide.  Les peuples de la région ont toujours vu en Palestine non seulement un combat politique, mais un enjeu moral qui dépasse les frontières. Le texte de Villepin réactive cette exigence : il ne s’agit pas d’une guerre comme les autres, mais d’une attaque systématique contre la vie, la dignité et l’identité d’un peuple.

Villepin ne se contente pas de dénoncer, il propose des leviers d’action précis : suspension immédiate de l’accord d’association entre l’UE et Israël tant que persistent les violations massives des droits humains, application des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale contre les responsables israéliens, ouverture de corridors humanitaires protégés par une intervention légitime, accès libre de Gaza aux journalistes internationaux, et reconnaissance d’un État palestinien viable.

Ce cadre d’action rappelle que « nos États sont en mesure d’apporter des réponses concrètes ». Ce n’est donc pas l’impuissance qui paralyse, mais l’absence de volonté politique. Dans le contexte maghrébin, cette remarque pèse lourd : si l’Europe hésite, si les États-Unis ferment les yeux, le Sud global — y compris l’Afrique et le monde arabe — peut peser par ses votes à l’ONU, par ses alliances économiques et par une diplomatie concertée qui refuse la normalisation avec l’inhumain.

La tribune frappe aussi par son avertissement moral : « Demain, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Nous savons, nous voyons, nous comprenons. » Ces mots résonnent avec les pages sombres du XXe siècle où, après chaque massacre de masse, les sociétés se sont juré de ne plus jamais laisser faire. Pourtant, l’histoire se répète, et cette fois en direct, sous l’œil des caméras, sans que l’horreur soit stoppée.

Villepin insiste sur un point fondamental : « Nommer, c’est déjà agir. » En droit international, qualifier un crime de génocide engage des obligations. Cela signifie que l’inaction n’est plus une option neutre, mais un acte de complicité. En ce sens, la tribune est aussi un défi lancé aux capitales arabes et africaines : il ne suffit plus de soutenir verbalement la Palestine dans les sommets diplomatiques, il faut des actes tangibles qui traduisent cette solidarité en pression réelle.

Ce texte est aussi un appel aux consciences individuelles. « Chaque intellectuel, artiste, citoyen doit prendre position clairement, fermement, immédiatement. » Ce n’est pas seulement aux gouvernements d’agir. Dans les sociétés civiles, dans les médias, dans les universités, le refus de l’inacceptable peut se manifester par la parole, par la culture, par l’information libre.

En définitive, Villepin nous place devant une question simple et brutale : voulons-nous être les témoins silencieux d’une destruction annoncée, ou les acteurs d’un sursaut moral collectif ? L’histoire jugera, mais d’ici là, chaque jour de silence est un jour de trop.

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