La mort du candidat à la présidentielle, victime d’un attentat en juin dernier, ravive les fantômes de la violence politique qui ont marqué les décennies les plus sombres de la Colombie. À moins d’un an des élections de 2026, ce crime interpelle sur la capacité de l’État à protéger la vie démocratique face au pouvoir persistant des groupes armés.
Miguel Uribe Turbay, sénateur et figure montante de la droite colombienne, est décédé ce lundi après deux mois passés en soins intensifs. Le 7 juin, un tueur à gages âgé de 15 ans lui avait tiré dessus lors d’un meeting dans un quartier populaire de Bogotá. Deux balles avaient atteint sa tête. L’annonce de sa mort a ébranlé le pays et relancé un débat sur l’incapacité des institutions à protéger les responsables politiques face aux menaces armées.
L’attentat s’inscrit dans un schéma bien connu. Les autorités soupçonnent la “Segunda Marquetalia”, une dissidence des FARC dirigée par Iván Márquez, d’en être l’instigatrice. Bien que la direction de ce groupe puisse être décédée, son appareil opérationnel reste actif. Parmi les personnes arrêtées figurent le jeune tireur et Elder José Arteaga Hernández, alias “El Costeño”, présenté comme le cerveau logistique du crime.
L’histoire personnelle de Miguel Uribe donne à ce meurtre une portée symbolique particulière. Sa mère, la journaliste Diana Turbay, avait trouvé la mort en 1991 lors d’une opération de sauvetage ratée, après avoir été enlevée sur ordre du narcotrafiquant Pablo Escobar. Plus de trente ans après, la violence a de nouveau frappé sa famille, inscrivant ce drame dans une continuité tragique que la Colombie peine à rompre.
Âgé de 39 ans, Uribe incarnait une relève conservatrice avec de réelles chances pour la présidentielle de 2026. Sa disparition fragilise son camp politique et oblige la droite à repenser sa stratégie. Mais au-delà des calculs électoraux, la question dérangeante demeure : peut-on mener campagne en Colombie sans devenir une cible ?
Dans les années 1980 et 1990, les assassinats de Luis Carlos Galán, Bernardo Jaramillo et Carlos Pizarro avaient marqué un paroxysme de violence politique. Beaucoup pensaient que cette époque était révolue. Le meurtre de Miguel Uribe prouve que, même si les acteurs changent, les logiques d’intimidation persistent.
Les réactions officielles n’ont pas tardé. La vice-présidente Francia Márquez a appelé à “construire la démocratie avec respect et dialogue”. L’ancien président Álvaro Uribe, assigné à résidence depuis début août, a déclaré : “Le mal détruit tout, ils ont tué l’espérance.” Entre la condamnation morale et l’action efficace, il existe un fossé que la Colombie n’a toujours pas comblé.
Si cet assassinat n’est traité que comme un épisode de plus dans la longue chronique de la violence politique, le signal envoyé pour 2026 sera accablant : le pouvoir des armes continue à dicter le cours de la démocratie. Dans un pays qui lutte encore avec ses blessures les plus profondes, les balles semblent conserver le dernier mot.
La Colombie se trouve à un tournant : choisir de défendre sa démocratie dans les urnes ou accepter, par résignation, que le plomb continue de décider qui peut gouverner.