>

Villamalea, le village espagnol qui assume toutes ses croyances et vit sa diversité au quotidien

11 août 2025 - 20:05
Rencontre interculturelle organisée à Villamalea (province d’Albacete), sur une photo communiquée par la mairie (El País)
Rencontre interculturelle organisée à Villamalea (province d’Albacete), sur une photo communiquée par la mairie (El País)

Dans la province d’Albacete, en Castille-La Manche, un quart de la population est d’origine étrangère. Selon un reportage publié par El País le 10 août 2025, ce village agricole est devenu un modèle de coexistence grâce à des initiatives interculturelles et interreligieuses qui dépassent les discours politiques.

Villamalea compte 4 300 habitants et pas moins de 32 nationalités. Les communautés roumaine et marocaine y sont les plus nombreuses, avec respectivement 439 et 215 résidents, mais ce n’est qu’un fragment d’un tableau plus vaste. El País rapporte les mots du maire, José Núñez (PP) : « Ici, nous avons tout très naturellement. Je ne sais pas si nous sommes un exemple, mais c’est ce qui devrait être. »

L’article rappelle que le village a connu l’émigration vers la France, la Suisse ou les Pays-Bas au XXe siècle. Ce passé explique en partie l’ouverture d’esprit actuelle : « Villamalea sait ce que signifient les valises et les adieux », souligne la motion municipale adoptée début août pour soutenir la régularisation de quelque 500 000 migrants en Espagne.

La réalité économique rend la migration indispensable : les champs de champignons, les amandiers, les pistaches, l’élevage et les soins aux personnes âgées dépendent largement de cette main-d’œuvre. « Si ce n’était pas pour ces personnes, nous ne serions pas le village que nous sommes », insiste le maire, cité par El País.

Mais au-delà du travail, il y a la vie commune. L’année dernière, catholiques et musulmans ont organisé des visites croisées à l’église et à la mosquée, suivies d’une « prière pour la paix » ouverte à toutes les confessions. Pour le curé Javier Cano, « c’était un moment joyeux » qui a renforcé le tissu social déjà solide. L’imam Abderramán Louizi, installé depuis 14 ans, affirme : « Jamais rien ne s’est passé de négatif ici. Nous venons pour gagner notre pain et nous respecter les uns les autres. »

El País donne aussi la parole à Semia Flores, Équatorienne arrivée il y a 26 ans : « C’est ma terre. J’y ai vécu les plus belles années de ma vie et personne ne m’en fera partir. » Ce témoignage illustre le sentiment d’appartenance que ressentent nombre de migrants à Villamalea.

Le village ne se croit pas à l’abri de tensions extérieures. Le curé avertit : « Il faut continuer à travailler l’intégration… et éviter que les discours de haine, même minoritaires, ne prennent plus de place qu’ils n’en ont réellement. »

L’exemple de Villamalea montre qu’une intégration réussie n’est ni spontanée ni magique : elle se construit par la mémoire historique, la reconnaissance mutuelle et la coopération concrète. À l’heure où l’Europe s’interroge sur sa cohésion sociale, ce village espagnol prouve qu’accueillir et vivre ensemble peut être un projet commun, profitable à tous.

Source :
José C. Rejas, « Villamalea, el pueblo de Albacete que se enorgullece de todos sus credos: “Hay una integración natural” », El País, 10 août 2025.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *