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Israël et la tentation du “Grand Israël” : la Ligue arabe hausse le ton

13 août 2025 - 23:47

Dans un communiqué ferme publié ce 13 août, le Secrétariat général de la Ligue des États arabes a condamné les déclarations du Premier ministre israélien sur l’annexion de territoires appartenant à des États arabes souverains, dans la perspective de créer ce qu’il appelle “le Grand Israël”. Pour l’organisation panarabe, ces propos ne sont pas une provocation anodine mais une menace directe à la sécurité régionale et à la stabilité internationale.

Le texte officiel qualifie ces paroles de “mentalité coloniale” et y voit une remise en cause des bases du droit international. Loin d’être perçues comme un simple discours destiné à galvaniser un électorat interne, elles sont lues comme l’expression d’un projet idéologique structuré, combinant expansion territoriale et rejet des règles multilatérales.

Cette prise de position traduit un seuil d’alerte. Ces dernières années, certaines capitales arabes ont choisi de privilégier la diplomatie pragmatique, voire la normalisation partielle avec Israël. Mais un discours qui évoque ouvertement le morcellement de la souveraineté arabe oblige à réaffirmer des lignes rouges. La cause palestinienne, au-delà de ses dimensions politiques, demeure un symbole fédérateur dans l’espace arabe et un élément de légitimité interne que nul dirigeant ne peut ignorer.

Le message a également une portée géopolitique élargie : dans un Moyen-Orient traversé par une recomposition des alliances, de la péninsule Arabique à la Méditerranée, tout appel à redessiner les frontières par la force ravive les réflexes défensifs. Le Maroc, qui entretient des relations officielles avec Israël tout en réaffirmant son attachement à la solution à deux États et au droit légitime du peuple palestinien, suit ce dossier avec attention. À Rabat, on sait que les mots prononcés sur la scène internationale façonnent les rapports de force et peuvent précipiter les crises.

La Ligue arabe appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à assumer ses responsabilités et à contrer ces propos qu’elle qualifie “d’extrémistes”. L’enjeu dépasse le cadre israélo-palestinien : laisser passer ce type de déclaration créerait un précédent dangereux, susceptible d’encourager d’autres velléités territoriales ailleurs dans le monde.

En toile de fond, la question posée est celle de la solidité du système international actuel. Accepter que des frontières reconnues puissent être modifiées par un discours ou une menace militaire reviendrait à fragiliser l’ensemble de l’architecture sécuritaire mondiale. Pour les pays arabes, c’est aussi un rappel : quelles que soient leurs divergences, il existe des causes qui imposent une unité stratégique.

 

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