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Gaza : les femmes donnent de la voix.

16 août 2025 - 09:01

La situation de famine organisée devient chaque jour plus dramatique. Une arme de plus pour mettre en œuvre le génocide planifié par l’Etat israélien. L’absence d’action des dirigeants arabes et occidentaux permet ce génocide. En forme d’autorisation à le commettre.

Dans cette horreur croissante, je remarque le rôle des femmes, de la voix de femmes. De là où je vis, de là où j’observe le drame qui n’en finit pas de s’abattre sur la population de Gaza, il me vient une impression. Celle que ce sont surtout des femmes qui s’expriment sur le massacre en cours. Qui participent, des deux côtés, à la guerre des récits qui s’est installée par-dessus le génocide. Peut-être est-ce l’effet déformant des médias. Mais si cela était, cet effet m’interpelle. Je n’en tire aucune conclusion, juste une pensée qui me touche. Et je ne prétends pas avoir identifié toutes les voix qui s’élèvent, de plus en plus, de par le monde. Des voix d’hommes et de femmes.

Merci au dessinateur, à la dessinatrice, qui a fait ce si fort dessin que j’emprunte ici

Rima Hassan, Greta Thunberg, Francesca Albanese, Danielle Sibony, Agnès Levallois, Sophie Bessis, Gabrielle Cathala, Emma Fourreau… Ces femmes, et d’autres, parlent. Seules ou aux côtés d’hommes courageux, comme elles. Elles osent défier le mensonge d’Etat qu’Israël répand sur le massacre en cours. Un mensonge relayé par tant de personnes, en Europe et en Israël. Notamment, en France, dans les média propriétés des milliardaires d’extrême droite qui se font les relais de la propagande des autorités israéliennes.

Ainsi, cette propagande cherche à bâillonner la critique. A criminaliser aux Etats Unis, en Europe, la dénonciation du génocide, la défense du droit international.

Pour soutenir ce mensonge, il ne faut pas de témoins. Plus de 200 journalistes palestiniens ont été délibérément assassinés à Gaza par l’armée israélienne depuis le début de cette offensive. Pour tenter d’imposer leur récit mensonger.

Des femmes ont, peu à peu, contribué à déchirer le voile du récit officiel. Elles osent prononcer les mots de « génocide », « d’apartheid », de « colonialisme » que la propagande israélienne et ses relais ont réussi, un temps, à bloquer comme manifestation d’antisémitisme. Pour cela elles ont fait l’objet de nombreuses attaques. Notamment de l’accusation infamante d’antisémitisme. Retournant l’accusation contre celles et ceux qui dénoncent le génocide et le viol du droit international.

Je pense à Rima Hassan, députée européenne qui, avec Greta Thunberg militante écologiste, a risqué sa vie avec celle de toutes les personnes à bord du navire « Madleen », en tentant d’approcher des cotes de l’enclave palestinienne pour briser le blocus, maintenu par Israël depuis 2007 par voies de terre, des airs et de mer.

Je pense à Franscseca Albanese qui, dans le cadre d’un mandat confié par l’ONU, a construit une démonstration juridique qui dénonce les agissements génocidaires des autorités israéliennes. Des argumentaires juridiques qui fondent les accusations de génocide contre les sinistres individus qui ont le pouvoir de poursuivre cette guerre. Franscseca Albanese reçoit, pour ces raisons, les foudres du président des Etats Unis et du chef de gouvernement israélien. Je pense à Agnès Levallois qui, inlassablement, met sa connaissance profonde de l’histoire du Proche Orient au service de la compréhension des drames qui secouent les populations de cette région depuis tant d’années. Non, le drame palestinien n’a pas commencé à le 7 octobre 2023. Non, Israël n’est pas en position de légitime défense. C’est lui l’agresseur. Ce pays colonise la Palestine depuis plus de 70 ans. Et cette colonisation s’accompagne d’une politique d’apartheid envers les populations palestiniennes, qu’elles soient en Israël même ou dans les Territoires Occupés.

Je pense Danielle Sibony

qui, sans relâche depuis le drame du 7 octobre 2023, refuse que le projet colonial et les massacres de Palestiniens, à Gaza et en Cisjordanie, s’effectuent en son nom de femme juive. Sa connaissance profonde de l’histoire, sa douloureuse histoire familiale, lui donnent une double autorité pour s’exprimer.

Ainsi qu’à ces manifestantes israéliennes qui expriment leur profond refus des massacres menée en leur nom par leur gouvernement. Qui ont brandi, lors de manifestations en Israël, des photos des enfants palestiniens assassinés à Gaza. Qui déchirent en public leurs convocations par les autorités militaires.

Ces remarques sur les voix de femmes ne cherchent pas à minimiser celles d’hommes courageux qui contribuent aussi à déchirer ce voile de mensonge. Nous pensons à Rony Brauman, né en Israël, dont la voix calme et puissante dénonce depuis si longtemps, avec la plus grande fermeté, les horreurs commises par l’armée de ce pays. Et au-delà, son projet ouvertement colonial. Et celles d’autres intellectuels juifs d’ici et d’Israël même, ces soldats qui refusent…. Nous pensons aussi à Alain Gresh qui n’a pas attendu l’actuel conflit en Palestine pour documenter, comme journaliste indépendant, la situation au Proche Orient dans toutes ses dimensions. Vincent Lemire, l’historien qui s’est longuement penché sur la ville de Jérusalem où il a vécu, qui nous rapporte la destruction par les forces israéliennes en 1948 du « Quartier des Maghrébins » en une nuit, pour en chasser les Palestiniens.

Je pense à Sophie Bessis,

qui apporte la profondeur historique à la connaissance du drame actuel notamment, dans ses derniers travaux, qui nous a montré l’imposture de la prétendue origine « judéo-chrétienne » de l’Occident ; Une construction idéologique visant à effacer la partie de la culture musulmane, de l’héritage européen. La Civilisation judéo-chrétienne : anatomie d’une imposture, Paris, 2025

Je pense également à Gabrielle Cathala, députée à l’Assemblée nationale et Emma Fourreau, députée à l’Assemblée européenne toutes deux au titre de la France Insoumise, qui s’engagent en juillet 2025 sur un nouveau bateau humanitaire à destination de Gaza. Elles aussi, avec le reste de l’équipage, prennent le risque d’être blessées ou tuées. A tout le moins, de subir des maltraitements, des humiliations, comme cela a été le cas pour Rima Hassan et Greta Thunberg lors de leur incarcération dans les geôles israéliennes. Mais aussi lors de leur retour dans l’avion qui les ont expulsées d’Israël, cette fois par les passagers israéliens.

Mais, en contre point, je pense aussi à ces femmes activistes israéliennes qui encouragent le génocide. Ces femmes, dont une Israélienne francophone, soutiennent totalement les massacres en cours. Elles justifient tranquillement les meurtres des enfants, au motif que toute la population palestinienne de Gaza est coupable. A ce titre, ses crimes « devront être payés au prix fort » dit-elle face caméra.

Abeille

J’écris ici, à nouveau, ce que j’avais publié dans un post sur les réseaux sociaux le 30 octobre 2023 : « Gaza : si vous emprisonnez une abeille dans votre main, au bout d’un moment, elle vous pique. » Un emprisonnement, un siège, qui a commencé en 2007 !

Tranquillement ? Un soutien tranquille au génocide ? Peut-être pas tant que cela. Car l’opinion internationale (si on peut employer ces termes) semble s’éclairer sur la réalité de cette guerre génocidaire. Sa dénonciation s’effectue dans des manifestations de masse, ici et là. Dans des concerts… Et des gouvernements commencent à prendre des positions en ce sens.

La guerre de là-bas se mène aussi ici sur le terrain des récits. Et des femmes y prennent une part éminente avec détermination. Nous saluons leur engagement oh combien utile et nécessaire !

Jacques Ould Aoudia est Économiste, et Vice-président de l’association franco- marocaine « Migrations et développement ».

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