Lundi soir, un bombardement israélien a frappé l’hôpital Nasser à Gaza, provoquant la mort de vingt personnes, dont cinq journalistes. Les réactions internationales ont été immédiates, dénonçant une atteinte directe à la liberté de la presse et aux principes du droit humanitaire.
Ce qui s’est produit à Khan Younès dépasse le cadre d’un épisode tragique de plus dans une guerre interminable. L’attaque visant un centre médical – espace théoriquement inviolable – a aussi fauché des journalistes, témoins indispensables de ce conflit. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a parlé d’« incident malheureux ». Mais l’expression sonne creux face à l’onde de choc qu’a suscité l’événement.
La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Ravina Shamdasani, a rappelé avec force que ni les hôpitaux ni les journalistes ne peuvent devenir des cibles de guerre. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a exigé une enquête rapide et impartiale, soulignant que les professionnels de santé comme les reporters doivent exercer leur mission sans crainte d’intimidation ni de violences.
À Genève comme à Bruxelles, les mots choisis marquent une inquiétude grandissante. Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA, a accusé l’armée israélienne de chercher à faire taire les « dernières voix » encore capables de raconter la mort des enfants dans un territoire étranglé par le blocus et la famine.
Les capitales occidentales se sont également exprimées. David Lammy, ministre britannique des Affaires étrangères, a qualifié l’attaque de « terrifiante » et plaidé pour un cessez-le-feu immédiat. Emmanuel Macron a jugé la frappe « inacceptable », rappelant que les médias doivent pouvoir travailler librement afin de rendre compte des réalités du conflit. L’Allemagne, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, s’est dite « choquée » et a réclamé l’accès immédiat de la presse internationale indépendante à Gaza.
Les condamnations venues du monde arabe ont pris un ton plus direct. Le Qatar et l’Arabie saoudite y voient une nouvelle preuve de la brutalité de l’occupation, tandis que la Jordanie parle d’une violation flagrante du droit international humanitaire et des Conventions de Genève. L’Iran, pour sa part, dénonce une « complicité » occidentale, notamment américaine, dans ces crimes.
Les agences de presse elles-mêmes ont payé un lourd tribut. Reuters a annoncé la mort de son collaborateur Hossam al-Masri et la blessure d’un autre journaliste, tandis qu’Associated Press a confirmé la disparition de Mariam Abou Deqqa, 33 ans, pigiste depuis le début de la guerre. Ces noms, désormais associés à une longue liste de victimes, rappellent que chaque attaque contre un journaliste affaiblit la capacité du monde à comprendre ce qui se joue sur le terrain.
Au-delà des communiqués, c’est la crédibilité même du droit humanitaire qui vacille. Quand des reporters meurent en couvrant un siège militaire et que des hôpitaux deviennent des cibles, c’est l’idée d’une guerre régie par des règles qui s’effondre. Gaza est devenue un champ où la frontière entre champ de bataille et sanctuaire humanitaire disparaît.
Les gouvernements peuvent multiplier les appels au respect des conventions, mais la question centrale demeure : qui protège réellement ceux qui s’obstinent à raconter la guerre au milieu des ruines ? Les journalistes tués à Nasser ne portaient pas d’armes, seulement des caméras et des carnets. Leur disparition constitue un avertissement : sans témoins, les crimes restent impunis et les peuples privés de vérité.