>

L’OTAN à Melilla : une enclave occupée au cœur des calculs espagnols

12 septembre 2025 - 18:41
La mosquée Centrale à Melilla occupé

La Mosquée Centrale à Melilla occupé

La visite d’une délégation parlementaire de l’OTAN à Melilla a été présentée en Espagne comme un signe politique fort, destiné à affirmer que l’Alliance atlantique s’intéresse au sort de cette enclave occupée sur la rive sud de la Méditerranée. L’initiative intervient alors que Madrid multiplie les démarches pour inscrire Melilla et Ceuta sous la protection explicite de l’OTAN, une revendication qui alimente autant les débats internes espagnols que les sensibilités régionales.

Au-delà des sourires et des caméras, la réalité reste inchangée. L’OTAN n’a jamais inclus les enclaves espagnoles du nord de l’Afrique dans son périmètre de défense. Les traités qui régissent l’Alliance parlent d’Europe et d’Amérique du Nord, rien de plus. À Madrid, chacun le sait. Pourtant, l’Espagne tente d’utiliser ce type de visite pour donner l’impression que Melilla bénéficie d’un parrainage international. Ce n’est pas une garantie militaire, c’est une mise en scène destinée à installer l’idée que l’occupation de l’enclave peut être couverte par un sceau de légitimité.

Pour Madrid, l’opération répond à plusieurs objectifs. Elle permet d’envoyer un signal d’unité nationale en période de polarisation politique, de rappeler que la sécurité espagnole est liée à la Méditerranée et de renforcer l’idée que toute contestation du statut de Melilla relèverait d’un enjeu collectif de l’OTAN. C’est une manière de transformer une question coloniale en sujet de sécurité transatlantique, brouillant ainsi les frontières entre héritage historique et préoccupations stratégiques contemporaines.

Vu de Rabat, la manœuvre ne laisse place à aucun doute. La présence de parlementaires de l’OTAN ne modifie en rien la réalité d’un territoire classé par le droit international comme enclave occupée, vestige d’une époque coloniale qui continue de peser sur les relations hispano-marocaines. Le Royaume suit avec attention ces gestes symboliques qui, loin de résoudre le contentieux, l’exacerbent en cherchant à donner une couverture militaire à une anomalie historique.

Au-delà des calculs espagnols, la visite révèle aussi les hésitations de l’Alliance. L’OTAN, préoccupée par l’Ukraine et par la stabilité en mer Noire, observe avec prudence le flanc sud. La Méditerranée occidentale reste un espace stratégique, mais l’Alliance sait que s’impliquer directement dans des litiges coloniaux reviendrait à compromettre son unité. C’est pourquoi les visites parlementaires se multiplient : elles créent une illusion d’engagement sans engager la responsabilité collective des alliés.

Melilla, enclave occupée depuis des siècles, redevient ainsi un symbole à géométrie variable. Pour l’Espagne, elle incarne la continuité de la souveraineté nationale et la projection de puissance au sud. Pour le Maroc, elle rappelle qu’aucune stabilité méditerranéenne ne peut s’enraciner sur des reliquats coloniaux. Pour l’OTAN, enfin, elle illustre les limites d’une alliance qui ne peut pas se substituer au règlement politique d’un contentieux bilatéral.

En définitive, la visite de l’OTAN à Melilla ne change pas le statut juridique de l’enclave occupée. Elle confirme seulement la stratégie espagnole de communication et souligne la nécessité, pour la région, de dépasser les illusions symboliques pour aborder les véritables questions de souveraineté et de coopération. Tant que ce pas ne sera pas franchi, chaque déplacement officiel ou chaque déclaration ne fera que rappeler ce que tout le monde sait, mais que beaucoup préfèrent contourner : Melilla reste un territoire occupé, mémoire vivante d’une colonisation inachevée.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *