Dans une analyse publiée par Jeune Afrique, le Dr Hassan Barhdadi met en lumière la vision stratégique du Roi Mohammed VI en faveur de la souveraineté sanitaire africaine. Il souligne le rôle moteur du Maroc dans la construction d’un modèle continental fondé sur la coopération Sud-Sud, l’innovation et le renforcement des capacités médicales.
La vision du Roi Mohammed VI place la souveraineté sanitaire africaine au cœur de la diplomatie marocaine. L’analyse majeure du Dr Hassan Barhdadi consacre la vision royale marocaine comme le moteur incontournable de la souveraineté sanitaire en Afrique. Publié dans le prestigieux magazine Jeune Afrique, le plaidoyer scientifique et géopolitique du Dr Barhdadi offre une résonance conceptuelle puissante au message porté par le ministre Nasser Bourita, représentant de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, lors du Sommet panafricain d’Accra des 22 et 23 juillet 2026.
Diplomatie vaccinale, transferts de technologies, leadership solidaire… Lors du sommet extraordinaire de l’UA à Accra, les 21 et 22 juillet, le Maroc s’est positionné comme le pays moteur d’une politique sanitaire continentale à mettre en œuvre d’ici à 2030.
Réuni à Accra sur le thème « Faire progresser la justice, l’équité et la couverture santé universelle », le sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) des 21 et 22 juillet, placé sous le signe de l’urgence – éliminer le sida, en finir avec les décès maternels évitables, terrasser les maladies qui freinent le développement –, s’est imposé comme le centre de gravité de la géopolitique médicale africaine d’ici à 2030.
Pourtant, au-delà des indicateurs cliniques, l’enjeu était éminemment politique : l’Afrique doit acquérir son indépendance sanitaire. Et, dans ce combat, la participation du Maroc est primordiale.
Porté par la vision de Mohammed VI, le royaume ne se contente pas d’être un leader en la matière, il propose également une véritable doctrine. Une diplomatie sanitaire, qui refuse que le continent sombre dans la fatalité de la dépendance et qui insuffle une ambition collective : guérir l’Afrique par l’Afrique.
Quel modèle pour l’Afrique ?
Les objectifs de l’Agenda 2030 de l’UA imposent une mise à niveau des structures de soins. L’accès aux traitements de pointe, la protection de la mère et de l’enfant, ou encore lutte contre les grandes pandémies ne peuvent plus rester soumis aux fluctuations de l’aide internationale ou à des contingences extérieures. Les crises sanitaires mondiales qui se sont succédé ont prouvé que la sécurité d’un continent ne pouvait être sous-traitée.
Pour relever ce défi, l’Afrique cherche un modèle de résilience. C’est précisément là que la voix du Maroc résonne avec force. Le pays s’appuie en effet sur une expérience de terrain probante et sur une vision du codéveloppement qui place la dignité humaine au centre de l’action diplomatique.
Le leadership du roi Mohammed VI en Afrique se distingue par sa constance. Son engagement en faveur de la santé s’est imposé comme l’un des piliers les plus solides du soft power marocain. Exempte de toute intention opportuniste, cette diplomatie de la solidarité s’inscrit dans la continuité de l’engagement panafricain du roi.
Le Maroc, deuxième plus gros exportateur africain de médicaments, a orienté près de 8% de sa production vers les marchés subsahariens.
L’histoire récente en atteste : lors de la crise du Covid-19, alors que le monde cédait au « nationalisme vaccinal », Mohammed VI a impulsé un élan de solidarité panafricain sans précédent. L’envoi d’une aide médicale massive à une vingtaine de pays frères (masques, gel hydroalcoolique, blouses et médicaments essentiels produits localement au Maroc) a posé les jalons d’une logistique d’urgence interafricaine.
Le Maroc est devenu le deuxième plus gros exportateur africain de médicaments, et a orienté près de 8% de sa production vers les marchés subsahariens. En faisant de la coopération Sud-Sud une sorte de bouclier thérapeutique, le roi a rappelé que le Maroc ne concevait pas une sécurité sanitaire qui n’aille de pair avec celle du reste du continent.
Du modèle industriel à la souveraineté partagée
Preuve de ce pragmatisme : la création de la cité industrielle Marbio [Maroc Biotechnologies], à Benslimane, qui fait du Maroc un hub continental pour la production de vaccins et de biotechnologies. Une autonomie industrielle que le royaume a vocation à partager avec les pays du continent.
En investissant dans la haute technologie médicale, le Maroc trace la voie, avec une position claire : la souveraineté médicale africaine passe par l’émergence de pôles régionaux intégrés, qui fabriquent sur place des médicaments et des intrants. En brisant le monopole des grands laboratoires mondiaux, le Maroc a pour stratégie de doter l’Afrique des attributs de sa souveraineté réelle.
Si, lors du sommet d’Accra, son leadership s’est imposé avec une telle évidence, c’est aussi parce que le royaume met en œuvre sur son propre sol une politique de transformation sanitaire qui fera date et qui est déjà une source d’inspiration pour nombre de pays du continent.
Le succès de la « méthode marocaine » repose sur un triptyque : une extension sans précédent de la couverture de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), qui concerne désormais 71% de la population ; un investissement de plus de 6,43 milliards de dirhams [environ 600 millions d’euros] pour la mise à niveau complète de 1 400 établissements de soins primaires ; une transformation numérique, qui intègre la généralisation du dossier médical partagé et de la carte sanitaire dématérialisée.
Le Maroc est devenu le premier centre de formation d’excellence pour les élites médicales et administratives subsahariennes.
En conciliant justice sociale, progrès technologique et efficacité budgétaire, le Maroc prouve à ses partenaires de l’UA que l’émergence dans le domaine sanitaire est une ambition réalisable.
La souveraineté ne se construit pas seulement avec des usines, elle suppose des compétences. Justement, le Maroc est devenu le premier centre de formation d’excellence pour les élites médicales et administratives subsahariennes.
Ses facultés de médecine et de pharmacie, ainsi que ses CHU, accueillent chaque année des centaines d’étudiants et de résidents africains, grâce aux bourses de l’Agence marocaine de coopération internationale (Amci). En outre, le laboratoire de contrôle de Marbio fait office de centre collaborateur de CDC Afrique [Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, l’agence de santé publique autonome de l’UA] pour former les cadres du continent aux méthodes analytiques et au contrôle de qualité des produits biologiques. Il appuie ainsi, très concrètement, la mise en place de la future Agence africaine du médicament, que Rabat soutient activement.
La solidarité africaine change de visage
L’intégration africaine ne peut se limiter aux accords commerciaux ou au développement d’infrastructures de transport ; elle doit être profondément humaine. Comme la diplomatie sanitaire royale le démontre, la santé est le socle de toute émergence économique. Sans populations en bonne santé, l’Agenda 2030 restera un vœu pieu.
L’UA doit prendre acte de ce changement de paradigme. La solidarité africaine change de visage. Elle n’est plus synonyme de gestion de crise au coup par coup, mais de construction commune de l’avenir. L’ambition collective est désormais claire : faire converger les systèmes de santé, harmoniser les réglementations pharmaceutiques et bâtir une union sanitaire continentale.
L’avenir de la santé en Afrique se joue aujourd’hui. Par sa constance, sa générosité et son attachement à la rigueur scientifique, la diplomatie sanitaire dont Mohammed VI est l’inspirateur s’impose comme le catalyseur de la nouvelle souveraineté médicale du continent. D’ici à 2030, l’Afrique ne sera plus le parent pauvre de la médecine mondiale. Grâce à des visions audacieuses et solidaires, à l’image de celle portée par le royaume, le continent est désormais en mesure de prendre en main son destin sanitaire et de bâtir les fondations de sa propre souveraineté médicale.
Dr Hassan Barhdadi est neurochirurgien au centre hospitalier provincial de Skhirat-Temara et expert en management de la santé.