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Le Maroc face au défi mondial de l’eau

18 septembre 2025 - 16:15
Le barrage Al Wahda, principal réservoir du nord du Maroc, montre un lit craquelé par la sécheresse. Cette image illustre la pression croissante sur les ressources hydriques du pays, confronté à des années de déficit pluviométrique et à une demande toujours plus forte.

Le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale, publié en septembre 2025, confirme l’ampleur de la crise hydrique planétaire. Pour le Maroc, pays situé au cœur du Maghreb aride, ce document agit comme un miroir : il révèle que les déséquilibres du cycle de l’eau touchent de plein fouet les régions déjà fragiles et soulignent l’urgence d’une gestion concertée.

L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis un siècle et demi, avec une moyenne mondiale supérieure de 1,55 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Dans ce climat sous tension, les rivières, les lacs et les glaciers du monde entier ont montré des écarts inédits. Selon l’OMM, soixante pour cent des bassins fluviaux mondiaux ont présenté des débits anormaux, ce qui traduit un cycle hydrologique profondément perturbé.

Pour le Maroc, ces constats trouvent un écho direct. Depuis plusieurs années, le pays affronte une baisse continue de ses précipitations et une succession d’années de sécheresse. Les grands barrages qui structuraient la politique hydraulique nationale affichent des taux de remplissage inquiétants. En 2024, certains n’atteignaient pas 30 % de leur capacité, compromettant l’approvisionnement des villes et la sécurité alimentaire des campagnes.

Le rapport de l’OMM met également en avant le recul des glaciers andins en Amérique latine. Ce signal rappelle au Maroc la situation de ses propres réservoirs naturels : les nappes phréatiques du Haouz ou du Souss connaissent un déclin accéléré, conséquence d’une surexploitation agricole et d’une recharge insuffisante. Comme ailleurs, l’eau souterraine ne joue plus son rôle de réserve stratégique.

L’alerte mondiale souligne un paradoxe : la raréfaction de l’eau survient alors que la demande ne cesse de croître. Le Maroc illustre parfaitement cette contradiction. L’essor des cultures irriguées pour l’exportation, la croissance démographique et le tourisme accentuent la pression sur les ressources. Cette tension se répercute sur la cohésion sociale et alimente des inégalités régionales dans l’accès à l’eau potable.

L’OMM insiste sur la nécessité de renforcer les systèmes d’observation, notamment dans le Sud global. Le Maroc, qui dispose déjà d’un réseau scientifique reconnu, peut jouer un rôle pionnier au Maghreb en intégrant davantage les données climatiques dans ses politiques publiques. Investir dans la télédétection, la gestion intégrée des bassins et la coopération transfrontalière représente non seulement une obligation technique, mais aussi un choix stratégique.

Ce rapport n’est pas qu’une compilation de chiffres. Il trace une ligne politique : l’eau devient le baromètre de la stabilité. Pour le Maroc, il ne s’agit pas uniquement d’éviter la pénurie, mais de transformer cette contrainte en moteur d’innovation. Les projets de dessalement, la réutilisation des eaux usées et la rationalisation agricole doivent s’inscrire dans une stratégie globale, capable de concilier sécurité hydrique, justice sociale et développement durable.

En définitive, le rapport de l’OMM rappelle que l’eau façonne désormais la géopolitique autant que l’économie. Le Maroc, confronté depuis longtemps à la rareté, peut transformer cette expérience en levier de résilience et de coopération. Dans un monde en déséquilibre, la capacité d’un pays à gérer l’eau avec équité et lucidité deviendra l’un des critères majeurs de sa souveraineté et de sa stabilité.

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